Depuis quelques années, les salles de cinéma ont disparu du paysage congolais. La plupart d’entre elles ont été louées à des églises de réveil. Une disparition qui s’explique par le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment du magnétoscope. Il n’empêche que de nombreux nostalgiques continuent de regretter l’atmosphère bon enfant des salles enfumées de cinéma. Par Godefroy Moyo.

 


Cinema Vog, ancienne salle de cinéma à Brazzaville. 


Debout devant l’ancien cinéma « Ebina » situé au croisement de l’avenue de l’intendance, Sylvain montre la devanture du long bâtiment avec une pointe de nostalgie dans la voix : « Chaque soir à 18 h30, on faisait la queue ici pour acheter les billets de la soirée. Il y avait beaucoup du monde, je me rappelle qu’on s’impatientait pour ne pas manquer le début du film ». Situé en face du camp militaire de Mpila, ce bâtiment, point de ralliement de la plupart des cinéphiles des quartiers nord comme Ouenzé, Talangaï, Poto-Poto et Moungali, ne paie plus la mine. Aujourd’hui, il a été transformé en salle de prière. Marcelle lui aussi se rappelle : « A l’époque, j’étais au lycée et chaque samedi, j’allais en matinée qui commençait à 15 heures. Toute la semaine, il fallait mettre de l’argent de côté pour avoir la somme de 40 francs ».

Le cinéma « Ebina » n’est pas le seul à avoir connu cette triste fin. Avec ses murs décrépis, logé dans un environnement insalubre, le cinéma « ABC » situé sur l’avenue des trois martyrs est lui aussi devenu un lieu de culte qui attire désormais de nombreux fidèles. Les autres salles n’ont pas été mieux loties. Au cœur du marché Moungali, le cinéma « Lux » est depuis longtemps tombé en ruines. Aujourd’hui, c’est un endroit malfamé et lugubre, squatté par des sans-abris et autres loubards. Un autre cinéma non moins célèbre, c’est le cinéma « Star » au marché Poto poto. Ici aussi, le décor est le même, sauf que le plastiquage du bâtiment en 1983, avait contraint le public à déserter les lieux un peu plus tôt que prévu.

Alphonse se rappelle cette ambiance particulière qui régnait dans les salles de cinéma: avant le début du film, il y avait la musique. A l’entracte, pendant que la lumière revenait dans la salle, on pouvait, en attendant le deuxième film, aller fumer une cigarette et manger une glace ou des arachides ».

En réalité, aller au cinéma, ce n’était pas seulement le film qui comptait, au-delà se souvient cette mère de famille, « il y avait aussi une ambiance exception-nelle de camaraderie et de fraternité qui permettait de se faire de nombreux amis ». En effet, de nombreuses idylles se sont nouées dans les salles obscures de cinéma. Il faut dire qu’à l’époque, Brazzaville ne connaissait pas encore la prolifération des « VIP » et des boîtes de nuit comme aujourd’hui. Les pâtisseries qui font aujourd’hui le bonheur des enfants et même des adultes n’existaient pas non plus. Le cinéma était donc la seule distraction pour tous ceux qui ne s’intéressaient pas aux bars et autres bistrots.

A partir des années 80 pourtant, l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication va porter un coup fatal aux salles de cinéma, grâce notamment à l’invention du magnétoscope. En donnant la possibilité aux individus assis tranquillement chez eux de pouvoir visionner le film de leur choix, le magnétoscope a relé-gué le cinéma au rang des antiquités. La télévision a lui aussi joué un rôle considérable dans ce qui pourrait être consi-déré comme la désaffection du public pour les salles de cinéma. La multiplicité des chaînes avec des programmes toujours plus variés, a fini par faire apparaitre le cinéma comme une contrainte, avec de longues files d’attente, sans parler de l’insalubrité de certaines salles dépourvues d’un minimum de commodité.

En outre, en proposant au public des chaînes thématiques diffusant en boucle des grandes productions cinématographiques, les chaînes satellitaires comme « Action », « Cinéma Star » ou « Cinéma Frisson » ont aussi contribué à la disparition des salles de cinéma. Face à ce désintérêt du public, les quelques rares opérateurs qui continuaient encore à exploiter les salles de cinéma à Brazza-ville, ont fini par abandonner un secteur qui devenait de moins en moins rentable, préférant louer leur salle à des églises plus lucratives.

La disparition des salles de cinéma est un phénomène qui semble beaucoup plus toucher l’Afrique que l’occident où l’engouement pour les salles de cinéma est resté intact. En Afrique, la désaffection se mani-feste différemment. Par exemple dans les pays où existent des industries cinématographiques comme le Burkina Faso, le Sénégal ou le Mali, il existe quel-ques salles de cinéma. Au Congo par contre, le phénomène semble prendre des proportions plus importantes. Un indicateur qui témoigne du grand retard pris par notre pays dans la mise en place d’une véritable industrie cinématographique.

Mis à jour (Samedi, 09 Avril 2011 18:29)

 

Commentaires 

 
0 #1 Michel 2011-06-02 05:50 j'ai bien connu et fréquenté le cinéma Vog de 1958 à 1964 (nous habitions à 200M de celui-ci). Superbe salle et resto à l'entrée. L'arrivée des magnétoscopes n explique certainement pas, à elle seule, la disparition des salles de cinéma ?
Je remarque que l enseigne "VOG" est restée en place, aprés plus de 50 ans
 

Vous ne pouvez pas laisser de messages sans être enregistré.