La relance de l’économie mondiale pourrait entraîner une augmentation du prix de baril. Elle viendrait s’ajouter aux « mesures vertes », comme la taxe carbone, qui seront appliquées l’an prochain en France. Par Jean-Michel Bezat.
Les automobilistes ont du souci à se faire : Les prix des carburants devraient sensiblement augmenter en 2010, notamment en raison de l’introduction de la Contribution Climat Energie (CCE), dite « Taxe Carbone ». Si l’on n’y ajoute d’autres innovations de la « Fiscalité Verte », la hausse pourrait être de 8,8 centimes d’euro soit (+7,2%) pour le super 95 et de 10 centimes d’euros soit (+9,9,%) pour le gazole, selon le calcul de l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP). Et c’est sans compter sur une augmentation possible des cours du pétrole à la faveur d’une reprise de l’économie mondiale…
En fait c’est l’addition de plusieurs mesures qui feront grimper les prix à la pompe. Et d’abord « Taxe Carbone ». Mais là, les intérêts du secteur pétrolier, et en l’occurrence des automobilistes, ne coïncident pas avec les projets du gouvernement, qui souhaite que cette taxe entraîne la réduction de la consommation d’énergies fossiles : Pétrole, Gaz et Charbon.
Sur la base de 17 euros la tonne du CO2 fixée par le gouvernement (prix qui sera progressivement relevé au cours des prochaines années). L’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) indique le prix du litre de l’essence sera majoré de 4,9 centime d’euro, celui du litre du gazole et de fioul domestique de 5,4 centimes d’euros. Mais l’association de consommateurs UFC Que choisir a relevé que la TVA s’appliquant aussi à la « Taxe Carbone », le prix du CO2 est en réalité de 20 centimes d’euros.
Ce n’est pas tout. La part régionale de la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP), que les conseils régionaux peuvent augmenter, entraîneraient une hausse supplémentaire de 0,9 centimes d’euro par litre d’essence (1,6 centime pour le gazole) si les exécutifs régionaux vont jusqu’au plafond autorisé par le gouvernement. Le socialiste Alain Rousset, président de l’Association des Régions de France (ARF), s’est déclaré « en total désaccord avec cette mesure ». Il accuse le gouvernement de se défausser sur ces collectivités, notamment pour financer les futures lignes des Trains à Grande Vitesse (TGV). Largement dominées par la gauche, les régions refusent d’autant plus qu’ « elle pèsera sur le pouvoir d’achat des ménages ».
Deux autres mesures vont entraîner une augmentation, notent l’UFIP et les associations des consommateurs. Les biocarburants d’abord. Les pétroliers doivent en incorporer 7% dans l’essence et le gazole en 2010 (contre 5,75% pour la norme européenne), faute de quoi ils payent une pénalité. Or l’UFIP a déjà prévenu que, « pour des raisons techniques », ils n’arriveront pas à ce taux et devront donc payer la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP). Ils ont décidé de la répercuter sur le prix à la pompe (+0,6 centimes d’euros).
Quand aux certificats d’économie d’énergie créées en 2005 pour l’électricité et le gaz, ils vont être étendus aux carburants en application de la loi « Grenelle Environnement ». Si les distributeurs ne parviennent pas à réduire la consommation, ils paieront la taxe, là encore répercutée sur le client. « Chaque mesure a sa logique, mais l’addition sera salée pour les automobilistes », prévient Jean Louis Schilansky, le président de l’UFIP. « Quand les prix de l’essence augmenteront le 1er janvier 2010, aller voir le gouvernement, pas les pétroliers ! ». La fiscalité est particulièrement importante sur les carburants en France : Sur 1 litre d’essence vendu 1,23 euro, elle compte pour 0,8 centimes (et 0,6 centimes sur 1 litre de gazole vendu 1 euro).
La hausse liée à la nouvelle « Fiscalité Verte » pourrait même s’ajouter à celle qui viendrait d’une éventuelle augmentation du prix du baril de pétrole (159 litres) en 2010. Il est actuellement de 70 dollars, mais la reprisez de la demande mondiale d’or noir liée à une relance de l’économie pourrait conduire au phénomène enregistré en 2007-2008 où, devant le risque de pénurie, les prix du brut se sont envolés, et, avec eux, ceux des carburants à la pompe.
Cela aura-t-il une incidence sur la consommation ? Jusqu’à un certain prix, le consommateur encaisse la hausse du prix du baril. Mais son comportement a commencé à changer en 2007-2008, quand les prix à la pompe ont atteint des records sans précédents, dépassant souvent 1,5 euro le litre de super sans plomb en raison d’un baril de brut à près de 150 dollars. Il est retombé autour de 70 dollars, et dans les stations services, on a constaté une reprise de la consommation autour de l’été 2009 : Elle
a progressé de +7,% en juin, +2,1% en juillet et + 4% en août par rapport aux même mois de 2008. Une aubaine pour les pétroliers, mais une mauvaise nouvelle pour les promoteurs de la lutte contre le réchauffement climatique.
LES BIOCARBURANTS SEMENT LE DOUTE :
Tous vert, les biocarburants de première génération distribuée consommés en France ? Il fallait bien répondre à la question au moment où les doutes vont croissants sur ces carburants à base du colza, du blé et de la betterave. A l’heure où le gouvernement lance les agrocarburants de deuxième génération, l’Agence De l’Environnement et des Economies Mixte d’Energie (ADEME) vient en effet de valider un plan (112 millions d’euros) pour les développer. Baptisé « BioTfuel », il prévoit l’utilisation d’herbe et des résidus agricoles et forestiers. Il s’agit en mot d’une plus grande variété de plantes qui ne sont pas destinées à l’alimentation humaine ou animale. Les carburant de première génération, quant à eux, sont produits à partir du blé ou du maïs.
L’ADEME a rendu publique, début octobre 2009, une étude du bureau « Bio Intelligent Service » montrant que ces carburants ne répandent pas tous aux critères européens, notamment pour les émissions de CO2 évitées (comparés à l’essence et au gazole). « Ils s’échelonnent entre 60% et 80%, soit au dessus de l’objectif d’au moins 35% de gain fixé par la nouvelle directive communautaire sur les énergies renouvelables », précise l’ADEME. Mais certains sont tout juste à l’objectif.

Les variations sont également grandes pour las gains énergétiques (quantité d’énergie nécessaire à leur production par rapport à la production des hydrocarbures). Ces gains sont importants pour l’éthanol à base de canne de sucre, moins pour les éthanol issus du blé, du maïs et de la betterave et les biodiesels. Pour l’éthanol de synthèse sous forme d’ETBE, notamment à partir du colza (la filière la plus développée en France), ilsne sont que de 20%.
En revanche l’incertitude demeure sur l’impact environnemental des changements d’affectations des sols au profit des agrocarburants. « Ils pourraient inverser les résultats pour les bilans des filières d’importation mais aussi nationale », prévient l’ADEME.
En effet, il faut s’assurer que les biocarburants ne contribuent pas à la déforestation, ni à la flambée des prix agricoles, le rapport complet de « Bio Intelligent Service », révélé par le journal « Le Monde », est plus explicite et inquiétant. Si la production des biocarburants entraîne une déforestation, le biocarburant issu du colza a, par exemple, un bilan carbone 2 fois plus mauvais que le gazole. Tous simplement parce que pour l’alimentation, le colza serait remplacé par l’huile de palme. Or celle-ci est produite à partir des plantations qui remplacent les forêts tropicales (notamment en Indonésie) nécessaire à l’absorption du CO2.
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Mis à jour (Lundi, 16 Novembre 2009 14:38)























