Appels solennels et mises en garde contre une « explosion » de l'Europe, les dirigeants de l'« UE » entretenaient jeudi 08 décembre 2011 un climat de tension et de dramatisation avant un nouveau sommet décisif, qui débutait dans la soirée à Bruxelles. Mais le vendredi 09 décembre 2011 le « sommet » européen de crise a tourné à l'affrontement avec la Grande-Bretagne et échoué à accoucher d'une révision du « traité » de l'« UE » à 27 pays pour renforcer la discipline budgétaire de la « zone euro », qui du coup ira seule de l'avant pour adopter de nouvelles règles.



Un vrac de pièces d'euros posées sur le drapeau européen. 


« Jamais l'Europe n'a été aussi nécessaire, jamais elle n'a été aussi en danger. Jamais autant de pays n'ont voulu adhérer à l'Europe, jamais le risque d'explosion de l'Europe n'a été aussi grand », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy. Avec la chancelière allemande Angela Merkel, il participait jeudi à Marseille (sud-est), avec une dizaine d'autres dirigeants européens, à un congrès du « Parti populaire européen (PPE) », prélude au sommet de Bruxelles, prévu pour commencer vers 18H30 GMT. Le président de la « Commission européenne », José Manuel Barroso, a lancé un appel pressant aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'« UE ». « Nous devons tout faire, tous ensemble, toute l'+ Union européenne + pour garantir l'irréversibilité de l'+ euro + ».

La « Banque centrale européenne (BCE) » a donné un peu d'air aux économies européennes, jeudi 08 décembre 2011, en abaissant son « taux d'intérêt directeur » d'un quart de point, à 1% et en prenant des mesures de soutien au secteur bancaire. L'assouplissement monétaire était attendu. Mais il ne préjuge pas de l'action que la « banque centrale » pourrait mener en rachetant massivement sur le marché des titres de la dette des pays fragilisés. Elle s'y refuse jusqu'à présent et son président, Mario Draghi, a semblé tenir cette position jeudi 08 décémbre 2011, bien qu'il s'agisse pour beaucoup de responsables et d'analystes de la meilleure réponse de court terme à la crise. Le banquier central y est allé lui aussi de son appel à « faire le maximum » pour restaurer la confiance, lors du sommet de Bruxelles.

Entre Européens, l'atmosphère est tendue après des mois de concertations et de décisions sans résultats probants. Le « sommet » de Bruxelles jeudi soir et vendredi se présente sous des auspices très incertains en raison des divergences sur la réponse immédiate à la crise et sur la révision des traités exigée par Paris et Berlin. Et les avertissements répétés de l'agence de notation « Standard and Poor's » qui, après avoir menacé de dégrader la note des pays de la « zone euro », s'en est pris mercredi 07 décembre 2011 à l'« UE » dans son ensemble et à ses banques, ont encore fait monter la pression. L'éclatement de la « zone euro » n'est « pas du tout un scénario que l'on considère aujourd'hui », a tempéré jeudi 08 décembre 2011 à Paris son chef économiste pour l'Europe, Jean-Michel Six. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy insistent pour inscrire dans le marbre du traité de l'« UE » des mesures de renforcement de la discipline budgétaire des Etats.

Le compromis franco-allemand intervenu lundi 05 décembre 2011 préconise des sanctions plus automatiques pour les mauvais élèves et des « règles d'or » de retour à l'équilibre des finances publiques dans la Constitution de chaque Etat. « Nous allons trouver de bonnes solutions. Je suis convaincue que nous allons trouver une solution à toutes les questions », a déclaré Angela Merkel à Marseille. Mais un changement de « traité » implique un processus de ratification dans tous les pays de l'« UE » à l'issue toujours incertaine, ce qui ne plaît guère à de nombreux Etats membres. Ceux-ci préfèreraient une option plus souple proposée par le président de l'« UE », Herman Van Rompuy, et par José Manuel Barroso, qui consisterait en une simple modification d'un « protocole » annexé au traité. « Des changements légaux aux traités qui pourraient prendre du temps sont peut-être nécessaires, mais je ne crois pas que ce soit la solution que les marchés attendent », a ainsi jugé le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, dont le pays n'est pas membre de la « zone euro ». « Les marchés veulent savoir si nos pare-feu ont une puissance suffisante et si nous faisons suffisamment pour accroître la discipline budgétaire et les réformes dans les pays qui ont le plus de problèmes. Ce sont là les solutions », a-t-il précisé, sans fermer complètement la porte à un changement de « traité ».

Outre les sanctions presque automatiques et les règles d'or imposant le retour à un quasi-équilibre budgétaire, il est prévu un droit d'intrusion européen accru dans la préparation des budgets nationaux. Des pays bénéficiant d'une aide extérieure, comme la Grèce ou l'Irlande aujourd'hui, pourront en outre être placés sous tutelle européenne. Le président de la « BCE », l'Italien Mario Draghi, a qualifié de « résultat très bon pour la + zone euro + » les décisions prises lors du sommet de Bruxelles en matière de discipline budgétaire. « C'est le signal qu'on attendait »,commente un diplomate européen, qui espère que l'institut monétaire acceptera désormais d'acheter plus massivement de la dette publique de pays fragile sur les marchés afin de faire redescendre leurs taux d'intérêt obligataires, montés à des niveaux insoutenables.

La « zone euro » pour le reste a accouché de résultats d'ampleur limité sur le renforcement de son propre pare-feu contre la crise de la dette. Plusieurs solutions ont buté sur l'inflexibilité de l'Allemagne, qui a rejeté une proposition visant à augmenter les moyens du futur fonds de sauvetage permanent de la « zone euro (MES) », ou de lui permettre à terme de s'alimenter au guichet de la « Banque centrale européenne (BCE) ». Berlin s'est aussi opposé à ce que les « euro-obligations » soient ne serait-ce qu'évoquées comme possibilité à long terme dans une déclaration finale du sommet. « Le + FMI + va participer » aux « efforts » de la « zone euro », a en revanche promis sa directrice générale Christine Lagarde. Les Etats de la « zone euro », et d'autres non membres de l'« Union monétaire », envisagent dans un premier temps de renflouer eux-même le « Fonds monétaire international » à hauteur de 200 milliards d'euros sous forme de prêts. Objectif : enclencher une dynamique pour convaincre les pays émergents de mettre eux aussi au pot et donner ainsi à l'institution de Washington les moyens d'aider les Etats fragiles de la « zone euro ».


CLASH AVEC LA GRANDE BRETAGNE

A l'origine de cet épilogue relativement prévisible: les exigences demandées par la Grande-Bretagne, en échange de son feu vert à tout changement de « traité » par des demandes de rapatriement de compétences de Bruxelles à Londres, notamment dans le domaine des services financiers, qui ont créé des tensions et donné lieu à des « moments virils » dans les négociations, selon un diplomate. Soucieux de composer avec la frange eurosceptique de son parti, le Premier ministre britannique David Cameron (conservateur) a menacé d'opposer son « veto ». Il a réclamé que la « City » de Londres puisse être soustraite si nécessaire à la surveillance européenne du secteur financier. « Nous aurions préféré un accord à 27 (l'ensemble des pays de l'« Union européenne », ndlr), cela n'a pas été possible compte tenu de la position de nos amis britanniques » qui ont posé des demandes « inacceptables » par « tous » les autres pays, a regretté le président français Nicolas Sarkozy. M. Cameron s'est dit lui satisfait. « Il s'agit d'une décision difficile mais bonne », a-t-il affirmé, en jugeant que son pays n'avait pu obtenir des « garde-fous » nécessaires.

Conséquence de cet écueil, la « zone euro » s'oriente vers un « traité » restreint aux dix-sept pays membres, rejoints par six au moins des dix Etats de l'« Union européenne » non membres de la « zone euro ». Outre le Royaume-Uni, la Hongrie a décliné l'offre. La Suède et la République tchèque ont dit avoir besoin de temps avant de trancher. Un accord intergouvernemental sera donc bientôt signé par les pays de l'« Union monétaire » et ses alliés. L'affrontement avec les Britanniques à Bruxelles risque de laisser des traces en Europe, en ancrant l'idée d'un continent fonctionnant à plusieurs vitesses. « Une solution qui n'impliquerait pas tous les Etats membres de l'+ UE + enverrait le message que l'Europe est divisée », a confié juste avant le sommet un responsable européen, s'exprimant sous couvert de l'anonymat. « Ce ne serait pas un bon signal », selon lui.

Petit Etat mais place financière majeure, le Luxembourg s'y opposera. « Je n'accepterai pas qu'en matière de services financiers, le Royaume-Uni se voie réserver des droits et des libertés d'action que les autres n'auraient pas », a fait savoir son Premier ministre, Jean-Claude Juncker.

Par conséquent, beaucoup de responsables européens suggèrent que les pays de la « zone euro » scellent un accord seulement entre eux, à 17, et renoncent à une réforme du « traité » à 27, au risque de creuser les divisions entre Européens. « Si nous n'arrivons pas à 27 à construire du solide, mieux vaut construire du solide à 17 », a estimé Jean-Claude Juncker. « Il doit y avoir un accord » cette fin de semaine à Bruxelles. La Pologne y est farouchement hostile : « l'+ UE + est à 27 », a martelé le Premier ministre Donald Tusk à Marseille.


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Mis à jour (Vendredi, 09 Décembre 2011 09:21)

 

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