La France a confirmé lundi l'intérêt de Moscou pour l'acquisition de quatre « navires de guerre » français de la classe « Mistral », suscitant aussitôt une réaction réservée de Washington.




Le navire de projection et de commandement Le « Mistral », le 9 mars 2006 au large de Hyères


« Ce ne serait plus un bâtiment de projection et de commandement, mais quatre » qui seraient demandés par la Russie et la France est « en train d'examiner » cette demande, a déclaré Jacques de Lajugie, de la « Direction générale de l'armement (DGA) » du ministère de la Défense.

Pour le moment, a-t-il toutefois précisé, il ne s'agit que d'une demande technique de l'état-major russe non encore formalisée au niveau politique.

Quelques heures plus tard, le secrétaire d'Etat américain Robert Gates, en visite à Paris, a laissé poindre des réserves lors d'une conférence de presse commune avec son homologue français Hervé Morin à Paris.

Tout juste a-t-il évoqué un « échange de vues approfondi à ce sujet », ajoutant un sans appel: « Je ne ferai pas davantage de commentaires ». Cette remarque qui laissait percer les réserves américaines, a déclenché les rires entendus de la presse américaine qui accompagnait le secrétaire d'Etat.

« Nous avons des questions » à poser à la France, avait déclaré dès dimanche soir un haut responsable américain.

De son côté, M. Morin a confirmé que la France était ouverte à la perspective de cette acquisition sans précédent par la Russie de « navires de guerre » construits par un membre de l'Otan.

« Nous ne pouvons pas avoir deux discours » à l'égard de Moscou, a-t-il fait valoir, rappelant aussi que « d'autres pays européens » ont été sollicités.

D'un côté, a-t-il dit, on voudrait construire « une relation de confiance » et « un espace de sécurité, de stabilité et de paix » avec la Russie et, de l'autre, on « continuerait à évoquer nos relations commerciales et nos échanges comme si la Russie était celle d'avant 1991 ».

Jusqu'à présent, Paris n'a donné son accord que pour la vente d'un seul « Mistral », bâtiment polyvalent pouvant transporter jusqu'à 900 hommes, ainsi que des hélicoptères et des chars d'assaut.

Ce bâtiment combine, sur une plate-forme unique, les fonctions de porte-hélicoptères, d'hôpital, de transport de troupes, de mise en oeuvre de moyens d'assaut amphibie et de commandement.

La réponse à la nouvelle demande russe pourrait intervenir « dans les prochaines semaines », a indiqué M. de Lajugie. Une telle décision sera prise par les plus hautes autorités de l'Etat.

Au cours d'une rencontre fin novembre avec son homologue russe Vladimir Poutine, le Premier ministre français François Fillon avait affirmé que Paris n'avait pas d'objection à cette vente, qui, en revanche, a soulevé l'inquiétude outre des Etats-Unis, de la Géorgie et des pays baltes.

En décembre, des sénateurs républicains américains avaient écrit une lettre à l'ambassadeur de France à Washington pour exprimer leurs « inquiétudes » quant à « l'intention annoncée par la Russie de déployer le Mistral dans des eaux proches des côtes de pays de l'Otan ».

Ils avaient rappelé les propos d'un responsable de la marine russe indiquant qu'avec le « Mistral », les troupes russes auraient pu accomplir en 40 minutes ce qu'elles ont mis 26 heures à faire en août 2008 lors du conflit avec la Géorgie.

A Moscou, le quotidien populaire « Moskovski Komsomolets » considérait lundi l'achat à la France d'au moins un bâtiment de classe « Mistral » comme acquis.

Sans citer de sources, le quotidien a affirmé que le contrat, d'un montant « de 500 à 600 millions d'euros », pourrait être signé lors de la visite à Paris le 2 mars du président russe Dmitri Medvedev.

Mis à jour (Lundi, 08 Février 2010 21:16)

 

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