L'insurrection libyenne était visée par des raids intensifs mardi, au début de la quatrième semaine de la révolte, alors que la mise en place d'une « zone d'exclusion aérienne » au-dessus de la Libye recueillait de plus en plus de soutiens y compris dans le monde arabe. Les forces gouvernementales libyennes ont poursuivi leurs attaques contre les insurgés dans l'est du pays ainsi qu'à Zaouïah, à l'ouest de Tripoli, et les rebelles ont donné soixante-douze heures à Mouammar Kadhafi pour abandonner le pouvoir.

 


images de combats à Ras Lanouf entre l'armée loyaliste (pro-kadhafi) et les rebelles, bombardement de l'aviation libyenne le 09 mars 2011.


« ILS VEULENT DÉTRUIRE ZAOUIAH »

Les attaques aériennes et les tirs de mardi ont visé les positions rebelles derrière le no man's land établi entre les villes côtières de Ras Lanouf, aux mains des insurgés, et de Bin Djaouad, reprise par les gouvernementaux, à 550 km à l'est de la capitale. Une frappe aérienne a atteint une maison d'habitation. Une grande partie de la ville semble avoir été évacuée et on ne fait pas état de victimes.

Les insurgés partis de la région de Benghazi, capitale de la Cyrénaïque, ont progressé vers l'est la semaine dernière, avec pour objectif de prendre Syrte, la ville natale de Kadhafi, et de poursuivre leur offensive jusqu'à Tripoli. Mais la contre-attaque des troupes loyalistes, appuyées par l'aviation, l'artillerie et les chars, a bloqué leur avance et les a même contraints à évacuer la ville de Bin Djaouad pour regagner Ras Lanouf, 60 km plus à l'est.

Sur le terrain, la ville pétrolière de Ras Lanouf, base la plus avancée de l'opposition dans l'Est libyen, à environ 300 km au sud-ouest du siège de l'opposition à Benghazi, était la cible de raids aériens intensifs mardi.

Sur le front oriental, des correspondants de « Reuters » ont fait état de quatre raids aériens des loyalistes contre des positions rebelles à Ras Lanouf, port pétrolier sur la route de Syrte, et dans ses environs. Des chars et des lance-roquettes ont également pilonné dans le secteur les lignes des rebelles qui se sentent impuissants devant une telle puissance de feu.

Dans l'Ouest, l'opposition contrôlait mardi Zenten, à 120 km au sud-ouest de la capitale, mais la ville était encerclée par les forces pro-Kadhafi, selon un Français sur place. Il a affirmé que les opposants contrôlaient toutes les villes jusqu'à Nalout, près de la frontière tunisienne. L'artillerie et les chars des forces pro-Kadhafi ont de nouveau pilonné la ville de Zaouïah, à 50 kilomètres de Tripoli, où la population est prise au piège. L'ouest du port pétrolier a été pilonné dans l'après-midi, et trois personnes au moins ont été blessées, selon un journaliste de l'AFP. Les rebelles ont dit que les troupes gouvernementales avaient déversé un déluge de feu. Un peu plus tôt, un immeuble a été endommagé par un raid, le premier à toucher une habitation dans la ville, mais personne n'a fait état de victime dans l'immédiat, selon un journaliste de l'AFP..

A l'autre bout du pays, Lundi 07 mars 2011 soir, l'opposition a évoqué de « violents combats » à Zawiyah, ville que les insurgés disent tenir à 60 km à l'ouest de Tripoli. Les chars et l'artillerie des pro-Kadhafi ont de nouveau tiré sur Zaouïah. Un habitant a déclaré au cours d'une brève liaison téléphonique que les gouvernementaux cherchaient à « détruire la ville ». Un porte-parole du gouvernement de Tripoli, Moussa Ibrahim, a affirmé que les forces loyalistes avaient repris le contrôle de la ville et que seule une poignée de rebelles résistait. « Il reste des poches de résistance, peut-être 30 ou 40 personnes, qui se cachent dans certains rues et dans le cimetière. Mais ce sont des combats désespérés », a-t-il dit à « Reuters » à Tripoli.

L'aviation libyenne vise quotidiennement les positions des insurgés dans l'est du pays, essentiellement sur la ligne de front mais aussi à Brega et Ajdabiya, verrous stratégiques vers Benghazi. L'un des fils Kadhafi, Saadi, a affirmé à la chaîne de télévision « Al Arabia » que son père n'avait pas encore jeté toutes ses forces dans la bataille.


RUMEURS DE NÉGOCIATIONS

Des informations ont couru lundi soir sur des offres d'ouverture du dirigeant libyen aux rebelles. Kadhafi aurait ainsi proposé de quitter le pays en échange de garanties, notamment financières. Le « Conseil national libyen (CNL) » a confirmé avoir été contacté mais a assuré qu'il ne négociait pas avec un homme « qui a répandu le sang libyen et continue de le faire ». Un responsable du ministère des Affaires étrangères à Tripoli a quant à lui démenti toute tractation.

L'opposition libyenne a rejeté toute négociation avec le régime de Mouammar Kadhafi, exigeant que le numéro un libyen quitte le pays tout en promettant dans ce cas de ne pas engager de poursuites pénales contre lui. Des insurgés avaient annoncé un peu plus tôt voir reçu, et rejeté, une offre de négociation. Si le « guide », maître du pays depuis 1969, accepte de se retirer d'ici trois jours, il ne sera pas poursuivi pour les crimes qu'il a commis contre son peuple, a affirmé Moustafa Abdeldjeïl, président du « Conseil national libyen (CNL) » qui représente les insurgés dans l'Est.

A Tripoli, un responsable gouvernemental a formellement démenti toute proposition de négociations de la part du régime. Le président du « Conseil national » créé par l'opposition pour préparer la transition et basé à Benghazi (est), Moustapha Abdeljalil, a précisé que M. Kadhafi n'avait pas envoyé d'émissaire mais que des avocats de Tripoli s'étaient proposés comme intermédiaires « pour arrêter le bain de sang ».


VERS UNE ZONE D'EXCLUSION AÉRIENNE ?

Sur le plan diplomatique, la Grande-Bretagne et la France cherchent à faire approuver la mise en place d'une « zone d'exclusion aérienne » au-dessus de la Libye afin de mettre un terme aux raids gouvernementaux. Les Etats-Unis et d'autres pays, comme la Chine, restent réservés sur la pertinence et les modalités d'une telle initiative. Pour le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, également, Paris est disponible « pour intervenir avec d'autres afin de protéger les populations en empêchant Kadhafi d'utiliser ses moyens aériens » mais « il est nécessaire de le faire en pleine liaison avec la + Ligue arabe + et l'+ Union africaine + ».

Le secrétaire au « Foreign Office », William Hague, a dit mardi que l'établissement d'une telle zone était une « possibilité concrète et réaliste » mais nécessitait une base juridique claire, le soutien de la « communauté internationale » et également l'appui des Etats de la région.

Après les monarchies arabes du Golfe lundi, l'« Organisation de la conférence islamique (OCI) » s'est déclarée mardi favorable à une zone d'exclusion aérienne en Libye, pour empêcher les bombardements contre les insurgés, tout en réaffirmant son opposition à une intervention militaire directe. L'« OCI » est formée de 57 pays comptant plus d'un milliard de musulmans.

La « Ligue arabe » a prévu une réunion de crise samedi pour évoquer les « mesures à prendre pour protéger le peuple libyen, en particulier l'établissement d'une + zone d'exclusion aérienne + ».

La France et la Grande-Bretagne préparent un projet de résolution pour le « Conseil de sécurité de l'ONU » imposant une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, qu'ils veulent présenter dès cette semaine. Son adoption semble cependant délicate en raison de la réticence de la Chine et surtout de la Russie, selon des diplomates.

Les Occidentaux, qui affichent désormais ouvertement leur soutien à l'insurrection, doivent se concerter jeudi et vendredi à Bruxelles au sein de l'« Otan » et de l'« Union européenne », pour tenter d'aider l'opposition sans enfreindre le droit international ni déstabiliser la région.

Mis à jour (Mardi, 08 Mars 2011 18:19)

 

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