Le « Conseil de sécurité » a pris mercredi de nouvelles sanctions contre l'Iran pour son « programme nucléaire », aussitôt saluées par le président américain Barack Obama mais rejetées par son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad qui les juge « bonnes pour la poubelle ».

 


Le Conseil de sécurité de l'Onu, lors du vote des sanctions contre l'Iran, le 9 juin 2010 à New York.


C'est la quatrième fois depuis 2006 que l'« ONU » sanctionne Téhéran pour tenter de le convaincre de suspendre ses activités nucléaires sensibles et rassurer la communauté internationale sur la nature pacifique de son programme.

Les mesures sont contenues dans la « résolution 1929 », rédigée par les Etats-Unis et co-parrainée par l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, et adoptée par 12 voix contre 2 et une abstention.

Le Brésil et la Turquie ont voté contre, pour protester contre la prise en compte, insuffisante à leurs yeux, de l'accord d'échange de combustible nucléaire conclu par eux avec l'Iran à la mi-mai. Le Liban s'est abstenu, pour des raisons de politique intérieure, le « Hezbollah » pro-iranien faisant partie de son gouvernement.

En conséquence, cette résolution est la moins soutenue des quatre. Les deux premières avaient été adoptées à l'unanimité et un pays, l'Indonésie, s'était abstenu lors du vote de la troisième en 2008. La résolution a été édulcorée pour obtenir le vote de la Russie et de la Chine, réticentes au départ. Les Occidentaux auraient souhaité qu'elle cible les exportations pétrolières de l'Iran.

« Cette résolution va mettre en place les sanctions les plus fermes auxquelles le gouvernement iranien ait jamais eu à faire face et cela envoie un message sans équivoque sur l'engagement de la communauté internationale à mettre fin à la propagation des armes nucléaires », a cependant commenté M. Obama. Le président américain a expressément souligné que ces sanctions « ne ferment pas la porte à la voie diplomatique », reflétant la position du groupe des Six chargé du dossier nucléaire iranien (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne).

Mais le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a jugé que les nouvelles sanctions « ne valent pas un sou » et sont « bonnes pour la poubelle ».

La résolution reprend et élargit le champ des sanctions déjà adoptées à trois reprises par le « Conseil » depuis décembre 2006. L'Iran est soupçonné de chercher à se doter de l'arme nucléaire sous couvert d'un programme civil, ce qu'il dément.

Les ambassadeurs des Six ont tous fait valoir que les sanctions, limitées aux domaines nucléaire, balistique, bancaire et de l'armement, n'affecteraient pas la population iranienne. L'ambassadeur britannique, Mark Lyall Grant, a déclaré au nom des Six que « l'adoption de la résolution laisse la porte ouverte à la poursuite du dialogue » avec l'Iran.

« Nous espérons que l'Iran fera preuve de pragmatisme et que face à notre ouverture au dialogue et à la négociation, il réagira de manière positive. Nous souhaitons réaffirmer notre détermination et notre engagement à trouver rapidement une solution négociée au dossier nucléaire iranien », a-t-il insisté.

« Nous demandons à l'Iran de négocier afin de nous rassurer sur la nature pacifique de son programme », a dit l'ambassadeur de France, Gérard Araud.

Expliquant son vote négatif, l'ambassadrice brésilienne, Maria Luiza Viotti, a déclaré: « Nous ne considérons pas les sanctions comme un instrument efficace dans ce cas ». Elle a rappelé l'accord conclu à la mi-mai par la Turquie et le Brésil avec l'Iran prévoyant un échange de combustible nucléaire que les trois pays présentaient comme ouvrant la voie à une solution pacifique.

Cette proposition a été accueillie froidement par les grandes puissances, qui y ont vu une manoeuvre de diversion, notamment parce que l'Iran avait dit son intention de continuer à enrichir de l'uranium à 20% même si l'accord était accepté.

L'ambassadeur de Turquie, Ertugrul Apakan, a lui aussi déploré les nouvelles sanctions, affirmant craindre qu'elles « aient un impact négatif » sur les efforts diplomatiques.

Les Etats-Unis, la France et la Russie ont communiqué mercredi leurs réserves à l'« AIEA » sur l'accord d'échange d'uranium passé par l'Iran avec la Turquie et le Brésil.


L’IRAN ENTTRE AFFRONTEMENT ET CONCILIATION

Lâché par ses alliés russe et chinois qui ont rejoint les Occidentaux pour lui imposer de « nouvelles sanctions », l'Iran semblait balancer jeudi entre l'affrontement et la conciliation avec la communauté internationale, sans renoncer à sa politique nucléaire.

Exprimant la colère de Téhéran après l'adoption d'un quatrième train de sanctions mercredi par le « Conseil de sécurité » de l'« ONU », le président Mahmoud Ahmadinejad a annoncé que l'Iran allait ignorer la nouvelle résolution comme il l'avait fait pour les précédentes. Ces résolutions, « bonnes pour la poubelle », ne « sont pas capables d'atteindre les Iraniens », a-t-il affirmé.

Et Téhéran a annoncé immédiatement qu'il poursuivrait l'enrichissement d'uranium, principal sujet de conflit avec la communauté internationale inquiète du programme nucléaire iranien. Les dirigeants iraniens semblaient en revanche hésiter sur la réponse à donner à l'offre de dialogue faite par les grandes puissances en même temps qu'elles votaient les sanctions.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, a affirmé jeudi que Téhéran rejetait cette « double approche » qualifiée d'« erreur ».

Le président Ahmadinejad avait averti lundi que l'Iran cesserait de discuter de son programme nucléaire avec la communauté internationale s'il était sanctionné: « l'administration américaine et ses alliés se trompent s'ils pensent qu'ils peuvent brandir le bâton d'une résolution et ensuite s'asseoir pour discuter avec nous. Une telle chose ne se produira pas ».

Le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki s'est toutefois montré plus prudent, en indiquant jeudi à la chaîne de télévision « France 24 » que l'Iran « réfléchissait » aux suites à donner au vote de l'ONU.

Le chef du programme nucléaire iranien Ali Akbar Salehi a laissé entendre de son côté que le dialogue pourrait se poursuivre avec les grandes puissances et l'« Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) » sur la proposition faite le 17 mai 2010 par Téhéran d'un échange de combustible nucléaire sous le parrainage de la Turquie et du Brésil.

Téhéran va répondre aux « questions » posées mercredi par le groupe de Vienne (Etats-Unis, Russie, France et AIEA) sur cette proposition, a-t-il indiqué en jugeant « positive » l'existence de cet échange.

« Il est trop tôt pour savoir quelle voie les dirigeants iraniens vont choisir, entre confrontation et conciliation », estimait jeudi un diplomate à Téhéran.

« L'Iran a reçu un camouflet diplomatique et pourrait se réfugier dans la surenchère, comme il l'a fait dans le passé », selon ce diplomate. « Mais le Brésil et la Turquie, qui ont voté contre les sanctions, vont faire pression pour la poursuite du dialogue. Et Téhéran pourrait vouloir ménager ces deux alliés après avoir été lâché par la Chine et la Russie ».

Les relations avec la Russie, qui a annoncé jeudi le gel de la livraison de missiles « S-300 » à l'Iran, semblent durablement dégradées. Mais la Chine, premier partenaire économique de l'Iran, conserve assez d'influence pour inciter Téhéran à ne pas rompre avec la communauté internationale, estiment plusieurs diplomates.

Pékin, dont le vote a été très mal pris par l'Iran, a souligné la « grande importance » de ses liens avec Téhéran, alors que le président Ahmadinejad est arrivé jeudi à Shanghai pour la « journée de l'Iran » à l'« Exposition universelle ».

La Chine estime nécessaire la poursuite « du dialogue, des négociations et autres moyens diplomatiques pour trouver une solution susceptible de répondre aux préoccupations de toutes les parties », a rappelé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Mis à jour (Jeudi, 10 Juin 2010 14:58)

 

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