Le patron du « Pentagone » était mardi à Pékin pour tenter de relancer la coopération entre les deux armées. Mais il reste méfiant devant les nouvelles ambitions de l'armée chinoise, qui se dote des moyens de défier l'influence américaine en Asie-Pacifique. Par Arnaud de La Grange.

 


À gauche, le porte-avions chinois Varyag a été acheté en 1998 à l'Ukraine. Deux ou trois sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de la classe «Jin» (à droite) seraient en construction.


Le lendemain du jour où le patron du « Pentagone » atterrit à Pékin, le nouveau chasseur furtif chinois prend son envol pour la première fois. Un « hasard » du calendrier qui permet de faire passer un message des plus concrets à Robert Gates, venu redonner vie à une relation militaire sino-américaine moribonde. Il y a six mois, la Chine avait annulé une visite du secrétaire américain à la Défense, pour protester contre le feu vert de l'Administration Obama à des ventes d'armes à Taïwan pour plus de 6 milliards de dollars.

Mardi, Robert Gates a été reçu par Hu Jintao en personne, le président chinois se félicitant de «progrès nouveaux» dans les relations militaires entre les deux pays. Le chef du « Pentagone », lui, a parlé d'avancées pour une « amélioration à long terme » des liens entre les deux armées. Des déclarations consensuelles, une semaine avant la visite du chef de l'État chinois aux États-Unis. La question nord-coréenne a aussi été évoquée, Robert Gates déclarant qu'un missile intercontinental actuellement développé par Pyongyang pourrait représenter d'ici à cinq ans une menace pour les États-Unis. Il devrait visiter aujourd'hui le « QG » de la « 2e artillerie », centre de commandement de l'arsenal nucléaire chinois.


LE POUVOIR DES MILITAIRES

Plus concrètement, ces « avancées » ne semblent pas si spectaculaires. Lundi, le ministre chinois de la Défense ne s'est pas enthousiasmé pour la proposition de Robert Gates de lancer un ambitieux « dialogue stratégique », sur le nucléaire, les missiles balistiques, la militarisation de l'espace et la cyberguerre. Côté chinois, le général Liang Guanglie était chargé de transmettre les signaux « durs ». Il a ainsi martelé à son hôte que la Chine ne tolérerait aucune nouvelle vente d'armements à Taïwan. La presse chinoise émettait d'ailleurs des doutes sur l'impact de la visite. Le « Global Times », qui dépend du « Quotidien du peuple », porte-voix du « Parti communiste », écrivait ainsi que si le Pentagone était sincère, il lèverait certains « obstacles ». En l'occurrence, les ventes d'armes à l'île rebelle, la surveillance des côtes chinoises, et « une propension grandissante à projeter des forces en Asie-Pacifique ».


EFFORTS DÉSORDONNÉS

Le message du premier vol de l'avion furtif « J20 » mardi, confirmé mardi par le président Hu Jintao à Robert Gates, peut être lu de deux façons. Il s'agit sans doute de marquer symboliquement l'affirmation de la puissance militaire chinoise. Mais peut-être aussi de témoigner d'une certaine « transparence », une exigence répétée de Washington. Au passage, les observateurs ont noté que le président chinois, interrogé sur l'essai du « J20 » par le patron du « Pentagone », avait dû se renseigner auprès de l'un de ses conseillers avant de répondre. Ce qui pourrait signifier que les plus hauts dirigeants civils n'étaient pas totalement informés, et montrer par là même l'autonomie et le pouvoir de la hiérarchie militaire chinoise.

La question de la modernisation des armements chinois, qui va encore « s'accélérer », selon le général Liang Guanglie, est au cœur des préoccupations américaines. Dans l'avion qui l'emmenait vers la Chine, Robert Gates s'est inquiété de progrès rapides, avec des armes en développement pouvant « mettre les moyens américains en danger ». « Nous devons y prêter toute notre attention, a-t-il dit, et y répondre de manière appropriée avec nos propres programmes ». Les Américains s'inquiètent surtout d'armes capables d'atteindre leurs forces navales dans le Pacifique, notamment un missile balistique antinavires appelé « tueur de porte-avions ».

Des spécialistes - y compris au Pentagone - relativisent cette « percée ». Ils font remarquer que l'on ne voit guère d'exercices combinés et sophistiqués des différentes armées chinoises, et qu'elles n'ont pas prouvé leur efficacité en situation réelle de combat. « On exagère beaucoup la réalité des progrès chinois en matière d'armement, comme avec ce + J20 +, alors que nous sommes souvent en retard d'une génération ou plus sur les technologies américaines ou européennes, explique Zhu Feng, expert des questions de sécurité à l'université de Pékin. Il y a des efforts, mais désordonnés. Pour le moment, la Chine veut juste réduire le fossé avec les Occidentaux, et passer d'une posture stratégique passive à un mode plus actif ».

Une chose est sûre, les militaires chinois se concentrent sur des stratégies appelées « d'antiaccès », interdisant ou compliquant le déploiement de forces étrangères dans des zones de plus en plus élargies. « Ils ne veulent pas concurrencer la puissance militaire américaine sur le plan mondial, estime un expert, mais clairement la défier en Asie-Pacifique ».



Lire dans la même rubrique, l'article suivant :

>>  PREMIER VOL D'ESSAI POUR L'AVION FURTIF J20 CHINOIS.

Mis à jour (Samedi, 15 Janvier 2011 23:37)

 

Vous ne pouvez pas laisser de messages sans être enregistré.