Sondages désespérés, dynamique cassée, presse internationale déchainée contre le président-sortant, patrons qui le « cruxifient », François Bayrou qui appelle à voter Hollande : à trois jours du second tour, il y a le feu à la maison Sarkozy. L’échec du président-sortant est total. Sa défaite est presque certaine. Nous allons assister à ce que j’ai appelé la « désintégration du sarkozysme ». Source : « L'express.fr ».

La presse étrangère, comme le magazine américain « TIME », table sur une défaite amère du candidat président français Nicolas Sarkozy.
En François Bayrou ne donnant pas de consigne de vote mais annonçant qu’il votera, personnellement, pour François Hollande : la dernière scène de cette campagne est cataclysmique pour Nicolas Sarkozy. Déjà, plusieurs grandes figures du « Modem », avaient annoncé la couleur – à commencer par Philippe Douste-Blazy.
De leur côté, les ex-ministres d’ouverture sont devenus des ministres de fermeture : en appelant à voter Hollande, Martin Hirsch et Fadela Amara, referment la page du « sarkozysme ». Corinne Lepage a fait de même. Et deux villepinistes pur jus, ses anciens ministres Azouz Begag et Brigitte Girardin ont aussi appellé à voter Hollande. Quant à Jacques Chirac, « Le Parisien » nous a décrit minutieusement il y a quelques jours le basculement presque complet de la famille – du « clan » Chirac – en faveur de Hollande. C’est rare dans la Vème République une telle curée de la droite « mainstream » pour le candidat de droite « mainstream ».
Même les patrons abandonnent Sarkozy, à commencer par l’un des plus chiraquiens d’entre eux, François Pinault qui a « cruxifié » Sarkozy le 26 avril 2012 : « [Sarkozy] perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu’il pourrait encore gagner. Il est cuit ! »
Au-delà des petites vengeances, des aigreurs, ou des ambitions, l’important est ailleurs. A Bordeaux récemment, à Avignon, à Marseille, à Caen, à Rennes, à Quimper, j’ai pu mesurer à l’occasion de débats et de rencontres, l’aversion et la détestation – pour ne pas dire la haine – qui monte à l’égard de Nicolas Sarkozy. A Bordeaux, par exemple, attablé avec la droite « juppéiste » la plus caricaturale – celle des dentistes et des notaires, provinciale et bourgeoise, catholique, balzacienne et normée – j’ai été frappé par la détestation de Sarkozy et de sa femme, Carla Bruni. Ce n’est pas la gauche qui va sortir de force Sarkozy de la scène politique française, c’est la droite ! Ailleurs, j’ai vu la colère des paysans du Sud de la France contre Sarkozy. J’ai entendu les colères extrêmes des enseignants contre le président sortant.
Quant à la presse internationale, qui a plus de distance, elle tire à boulets rouges elle aussi sur le candidat sortant : « The Economist », « The Time », « The Financial Times » etc. sont d’une cruauté venimeuse pour Nicolas Sarkozy. D’où le titre du magazine américain « Time », dans son édition européenne : « Adieu Sarkozy ? ».
SARKOZY : « EN CAS D'ÉCHEC, JE SERAI LE SEUL RESPONSABLE »
En fin de compte, ce n’est pas seulement une politique qui est condamnée, pas la droite qui va être battue, c’est un homme, une personnalité qui est en train de faire l’unanimité contre lui. Les raisons ? Ce sont des symboles, peu nombreux, mais qui sont si forts et si présents, qu’ils annulent tout autre comportement rationnel des électeurs : le « Fouquet’s » ; le « yacht de Bolloré » ; l’« Epad » de son fils Jean ; le salaire personnel augmenté de 170 % ; l’« affaire Mitterrand » ; le « Cass’ toi pov con » ; la hiérarchie des civilisations de Claude Guéant ; l’« affaire Woerth-Bettencourt » ; la nuit à « Disneyland » avec Carla fin 2007 et la fameuse formule de sa grande conférence de presse de rentrée, en janvier 2008 : « Avec Carla c’est du sérieux » ; la « montre Patek Philippe » à 55.000 euros etc.
On pouvait croire ces comportements anciens, passés, mais tout récemment, on a appris l’« affaire du Crillon », qui a, modestement, confirmé l’affaire du « Fouquet’s », et refermé la boucle : c’est le « Canard Enchaîné » qui a révèlé ce « lunch » de millionnaires dans le grand palace parisien de la « place de la Concorde », pour un fundraising en faveur de Sarkozy. Ironie de l’histoire : le déjeuner a eu lieu dans les salons Marie Antoinette ! L’« affaire du collier » a emporté Marie Antoinette et Louis XVI : l’« affaire du Crillon (après l’Epad et la Patek) » aura-t-elle raison de Sarkozy ? Le couple Balkany est allé plus loin, passant lui-même la nuit au « Crillon », comme l’a confirmé « Le Figaro », ce qui fait penser à la décadence chez « Pasolini (Salo) » ou « Bunuel (Le charme discret de la bourgeoisie) ». François Hollande n’a pas manqué, lui qui connait mieux que personne la puissance du ressort de l’« antisarkozysme », de railler un quinquennat qui a commencé au « Fouquet’s » et qui se termine au « Crillon » …
A l’échelle des grands sujets du quinquennat, et même à l’aune des finances publiques, ces faits sont bien sûr des épiphénomènes ; mais comme symboles, ils sont déterminants. Nicolas Sarkozy va perdre la présidentielle à cause de l’économie, à cause du chômage, mais aussi à cause de ces symboles calamiteux. A trop avoir joué avec l’argent, avec les affaires, avec les femmes, avec le feu, il a brûlé ses vaisseaux.
Dans une interview à l’« Express » il y a deux semaines, Nicolas Sarkozy préciseait : « En cas d’échec, je serai le seul responsable ». On ne peut pas mieux dire.
LA « CRUXIFIXION » DE SARKOZY
Qu’est-ce que le « sarkozysme » ? Que restera-t-il, s’il est défait le 06 mai 2012, dans l’histoire de la droite ? Que deviendra-t-il dans les manuels d’histoire ? Une énergie inaboutie ? Une agitation un peu vaine ? Un volontarisme sans sens de la réforme ? Un bonapartisme ?
En réalité, je fais l’hypothèse qu’il ne restera rien du « sarkozysme » après le 06 mai 2012. Même la droite aura du mal à se réapproprier la figure et le bilan, la technique politicienne et le sens médiatique. Pas davantage l’homme. Si Sarkozy est battu, la parenthèse sera refermée et nul n’aura une grande envie de la rouvrir.
On va assister, dès le dimanche 06 mai 2012 au soir, à la « cruxifixion » (pour reprendre le mot de François Pinault) de Sarkozy. La droite chiraquienne, villepiniste, bayrouiste, le centre, l’« UMP », et bien sûr l’extrême droite, vont mitrailler le président déchu. Avoir été sarkozyste va devenir une insulte – y compris à l’« UMP ».
Et c’est ainsi que de désistements d’anciens ministres en sondage en chute libre, de dynamique cassée en vengeances de Chirac et Villepin, de fautes graves sur l’immigration au vote de François Bayrou, nous sommes en train d’assister à ce que j’ai appelé « la désintégration du sarkozysme ». Ce n’est encore que le début.
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Mis à jour (Vendredi, 04 Mai 2012 22:16)






















