5 millions de dollars étaient disponibles pour récompenser la bonne gouvernance en Afrique, mais personne n’a empoché le prix. Mais qu’est donc le prix « Mo Ibrahim » et que signifie pour le continent le fait qu’il n’ait pas été attribué ? Par Davion Ford.

Les membres du jury chargés d’attribuer le prix « Mo Ibrahim » en récompense d’une bonne gouvernance africaine ont décidé que personne ne méritait cet honneur cette année. L’ex-Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan et le président du Botswana Ketumile Masire faisaient partie du jury et ont déclaré que malgré de longues délibérations, le comité n’a pas pu sélectionner de vainqueur.
UN TRAVAIL DUR
« Mo Ibrahim », un magnat des télécommunications, est né au Soudan et a été nommé en 2008 la personnalité noire la plus influente du Royaume Uni. En 2007, il a créé ce prix de la gouvernance africaine, destiné à récompenser un ancien chef de gouvernement d’un pays sub-saharien élu de façon démocratique. Mo Ibrahim a déclaré vouloir par ce prix inciter les leaders africains à poursuivre une politique de bonne gouvernance et à éviter d’être tentés de s’accrocher au pouvoir après l’expiration de leur mandat.
« Mo Ibrahim » affirme que les bons leaders africains méritent d’autant plus la récompense qu’ils doivent faire face à des défis qui semblent insurmontables.
« La tâche d’un leader africain est énorme. Vous pouvez comparer les pensées d’un chef d’Etat européen quand il ou elle va se coucher, ce qu’Angela Merkel pourrait se dire, ce que Gordon Brown pourrait se dire : Maintenant les listes d’attente dans les hôpitaux sont de trois mois au lieu de deux. L’inflation a grimpé d’un quart de point. Et les dirigeants africains pensent au moment d’aller se coucher : j’ai 3 millions d’habitants qui meurent de faim. J’ai 500.000 enfants qui ne vont pas à l’école. Il n’y a pas d’eau potable dans la moitié de mon pays. C’est dur. C’est vraiment un travail très dur ».
UNE IMAGE MITIGÉE
Le jury de cette année avait sélectionné onze récipiendaires possibles, parmi lesquels l’ex-président de l’Afrique du Sud Thabo Mbeki et John Kufuor, ancien président du Ghana. Ces deux personnalités étaient les favoris.
Cependant, le choix de Mbeki n’aurait pas été accepté par tout le monde ; en effet, nombreux considèrent faible son attitude dans l’aide à la résolution de la crise politique au Zimbabwe.
« Mo Ibrahim » a dit qu’il n’y avait aucun manque de respect dans la décision de ne pas décerner le prix. Mais selon Steven Gruzd, directeur du Programme Gouvernance et MAEP (Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs) à l’Institut sud-africain des Affaires internationales, il est peut-être justifié de ne pas décerner de prix cette année au vu des récents développements qui se sont déroulés sur le continent.
« Nous avons vu le retour des coups d’Etat. Nous en avons vécu trois ou quatre cette année dans des pays comme la Mauritanie et Madagascar. C’est une image mitigée. Je ne pense pas que vous puissiez trouver une trajectoire unique pour l’Afrique, mais vous pouvez voir à la fois de nombreux progrès et de nombreux retours en arrière. »
IMPACT
La Fondation « Mo Ibrahim » fait l’objet de critiques pour ne pas avoir attribué le prix cette année. Selon certains, cette décision sape les progrès qui ont été faits ces douze derniers mois. D’autres se sont demandés si la crise économique mondiale a été un facteur décisif, même si Mo Ibrahim a rejeté cette suggestion. Mais il y a eu également des réactions positives. Certains analystes estiment qu’en n’attribuant pas le prix, la fondation accroît sa crédibilité, et ce en indiquant qu’elle est à la recherche de dirigeants qui méritent vraiment la récompense. Diane Abbot, députée d’origine africaine du Parlement de Londres, soutient le prix mais se demande s’il n’est pas trop restrictif :
« Je pense que le prix est une idée fantastique. Mais les critères de la Fondation sont un peu trop limités, je trouve. Elle devrait aussi penser au futur et récompenser une génération montante de dirigeants africains, particulièrement les femmes, qui ont de plus en plus d’impact. »
Malgré les ambitions de « Mo Ibrahim », il n’est pas clair si son prix exerce une influence sur la bonne gouvernance en Afrique. 5 millions de dollars peuvent constituer une somme dérisoire comparée à celle dont peut disposer un chef d’Etat corrompu. Il est également improbable que l’argent soit la seule motivation pour les dirigeants corrompus. Le pouvoir et l’influence peuvent être tout autant séduisants. Néanmoins, le prix « Mo Ibrahim » envoie le message selon lequel la bonne gouvernance peut aussi être récompensée. C’est peut-être ce qu’ont besoin d’entendre les dirigeants africains.
LISEZ ICI : >> LE CAHIER DES CHARGES DU PRIX IBRAHIM
LISEZ ICI : >> PRIX « MO IBRAHIM » : PAS DE BONNE GOUVERNANCE EN AFRIQUE EN 2009 (CHAP II).
NOTE :
L’indice Ibrahim 2009 de la gouvernance en Afrique indique que la moitié des 10 premiers pays africains se situent en Afrique australe.
L’Indice Ibrahim 2009 est publié le 5 octobre par la « Fondation Mo Ibrahim », qui vise à promouvoir le leadership africain. L’Indice Ibrahim constitue aujourd’hui la principale évaluation de la gouvernance en Afrique, a été élaboré pour les citoyens du continent.
L’Indice « Mo Ibrahim » évalue la fourniture de biens et services publics ā leurs concitoyens par les gouvernements et acteurs non gouvernementaux, ā partir de 84 indicateurs, regroupés en quatre catégories : Sécurité et Protection, Participation et Droits, Opportunité économique durable, et Développement humain.
Les 53 pays africains sont classés selon la somme des résultats obtenus dans chaque catégorie.
Les dix premiers lauréats du classement sont :
Île Maurice
Cap Vert
Seychelles
Botswana
Afrique du Sud
Namibie
Ghana
Tunisie
Lesotho
São Tomé et Principe
« Mo Ibrahim » (né en 1946), est un entrepreneur Soudanais, expert international dans le secteur des télécommunications, qui a mené une brillante carrière universitaire et en entreprise.
Il est le fondateur de la société africaine de télécommunications Celtel International, l’une des plus grandes entreprises africaines.
Après la vente de Celtel, il met en place un fonds de 100 millions de dollars. Le prix Mo Ibrahim vise à récompenser un ancien chef d'état Africain, qui a quitté le pouvoir depuis moins de trois ans, pour sa « bonne gouvernance ». Le premier prix a été décerné en 2007 à Joachim Chissano, président du Mozambique.
En 2008, le pactole est allé à Festus Contebanye Mogae, président du Botswana.
| < Préc | Suivant > |
|---|
Mis à jour (Mercredi, 28 Octobre 2009 11:22)




















