L'écrivain Jean-Christophe RUFIN, que Nicolas SARKOZY avait nommé « ambassadeur » de France à Dakar (Sénégal) en août 2007, a quitté ses fonctions le 30 juin 2010 après que le président Abdoulaye WADE a demandé à la France son départ, et l'a obtenu. Quittant la diplomatie, il a retrouvé sa « liberté de parole » et s'exprime sur la politique africaine de la France.

Jean-Christophe Rufin à Dakar (Sénégal), le 17 septembre 2007.
QUI DIRIGE AUJOUD’HUI LA POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE ?
Ces dernières années, un mode de gouvernance particulier s'est construit : les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude GUÉANT, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique. Dans ce domaine qu'il s'est réservé, le secrétaire général de la présidence agit d'autant plus librement qu'il n'en répond ni devant l'« Assemblée » ni devant le « gouvernement ». Il dépend du seul président de la République, dont j'ignore s'il est complètement informé des initiatives de son collaborateur.
QUE S’EST-IL PASSÉ DEPUIS 3 ANS.
Il s'est passé que Bernard KOUCHNER n'a pas souhaité ou pas pu s'imposer dans ce domaine et, plus généralement, en politique étrangère. Etant donné son parcours que nous admirons tous, il est difficile de comprendre comment il peut avaliser des décisions prises par d'autres sur des bases qui ne sont pas les siennes.
D'un côté, il y a un Quai d'Orsay qui sert de vitrine à la fois "people" et morale, et, de l'autre, une realpolitik faite par-derrière et par d'autres. Bernard KOUCHNER a réorganisé le ministère des affaires étrangères à la manière d'une « organisation non gouvernementale (ONG) ». Le Quai d'Orsay est aujourd'hui un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total, car ils ne se sentent pas défendus.
VOUS METTEZ EN CAUSE L’INFLUENCE, AUPRÈS DE L’ÉLYSÉE DE « RESEAUX OCCULTES » SUR LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN DIRECTION DE L’AFRIQUE. DE QUI S’AGIT-IL ?
Ces « réseaux » sont construits à l'inverse des « réseaux Foccart » qui existaient du temps du général DE GAULLE et étaient censés servir les intérêts de la France. Aujourd'hui, il s'agit de « réseaux de lobbying » qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises.
Le pire est qu'ils parviennent à faire croire en haut lieu que leurs analyses sont plus désintéressées que celles fournies par les ambassadeurs, alors qu'ils sont stipendiés et ne font qu'exprimer l'opinion de leurs clients.
NOTE :
On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L'écrivain Jean Christophe RUFIN, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard KOUCHNER, ministre des Affaires étrangères.
Décrivant dans un entretien au « Monde » un Quai d'Orsay « complètement marginalisé et sinistré », des diplomates dans le « désarroi le plus total », RUFIN regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude GUÉANT, secrétaire général de l'Elysée, et des « réseaux de lobbying ».
Le fond de l'affaire n'est pas nouveau. L'impuissance de l'ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par le journal « Libération ». Bernard KOUCHNER lui-même a reconnu qu'il devait s'accommoder d'influences parfois contraires…. Bernard KOUCHNER devrait « savoir partir » : « On n'est jamais trahi que par les siens »
Le ministre a d'abord répondu par l'ironie aux critiques de l'ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier « boudait » et qu'il avait su « s'alimenter à la bonne source » pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l'« Assemblée nationale », il s'est fait plus offensif: « J’espère on n'est jamais trahi que par les siens - que cet homme ne s'étouffera pas de haine ». « Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques) », a rétorqué le ministre. « Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d'Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar », a-t-il ajouté.
Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard KOUCHNER, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert VÉDRINE et Alain JUPPÉ, viennent de publier dans « Le Monde » une tribune dénonçant « l'affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France ».
Lire, également, dans la même rubrique, l'article suivant :
>> DIPLOMATIE ET FRANÇAFRIQUE : TANGO À DAKAR.
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Mis à jour (Dimanche, 11 Juillet 2010 13:34)





















