« Embrouillamini », un royaume organisé où Sa Majesté a la main mise sur ses sujets. Mais la gestion du pouvoir laisse à désirer du côté du roi et tout commence à basculer quand, au cours d’un symposium, il invite la population pour parler de son projet de gouvernance. Projet loué par les uns et qualifié d’utopie par les autres. Et le destin du royaume va marquer la vie des « Tronifer (peuple du royaume) ». Par Noël KOUDIA.
« Monseigneur », « marquis », « ducs » et « duchesses » se font remarquer par des diatribes qui vont porter atteinte à l’unité du royaume. « Embrouillamini » subit alors une crise du pouvoir monarchique car Sa Majesté réalise la décadence avec la renaissance de la cruauté et de la corruption chez les « Tronifer ». Problème de jalousie et de femme en la personne de Clio affecte énormément le roi. Et le royaume sombre dans la déchéance ; les « Tronifer » qui constatent les défaillances du roi sont bannis et relevés de leur fonction. Abandonné à lui-même, le royaume d’« Embrouillamini » tombe dans l’insécurité. Se dessinent à ce moment la fin de règne de Sa Majesté et la désillusion des « Tronifer ».
LE POUVOIR MONARCHIQUE MIS EN CAUSE
C’est la colère des marquis qui sera à l’origine des malheurs du royaume avec le duché de la Charité « Sharivari » qui « inquiète » Sa Majesté : « Ce duché inspirait et suscitait la méfiance de notre monarque car l’expérience tendait de manière quasi systématique à prouver qu’il abritait un foyer insurrectionnel » (p.40). Et dans ce climat de défiance, la gent féminine va jouer un rôle négatif dans ce royaume où la traîtrise et la déloyauté gagnent les prêtresses d’un duc pour se transformer en jalousie. Mais le pouvoir monarchique ne peut plus rien même quand les sujets de Sa Majesté tentent de revigorer le Projet Royal de Gouvernance. Aussi le royaume est victime des rumeurs inquiétantes ; mais le mutisme du roi va étonner le peuple : « Les motifs de l’isolement volontaire de Sa Majesté échappaient aux « Tronifer », suscitaient l’itération de meurs interrogations » (pp.53-54). Et cette situation va se prolonger jusqu’à la chute totale du royaume.
QUAND SA MAJESTÉ COMMENCE À DÉRAPER : LE COMMENCEMENT DES DOULEURS
Tout commence mal pour le roi quand il se remarque par la profusion de ses projets et quand le peuple lui lance des diatribes. A cela il faut ajouter la colère des marquis qui s’abat aussi sur lui. Et dans ce royaume qui commence à perdre sa dignité et où il n’existe plus de système de consultation, « on [assiste] à des joutes oratoires, les duchesses et ducs étant des agents propagateurs de cette fébrilité qui [s’exprime] au travers des escarmouches » (p.40). Et quand Clio semble gagner la confiance du roi, le désaccord entre ce dernier et ses vestales va provoquer l’écroulement d’« Embrouillamini » et particulièrement du Duché de « Sharivari ». C’est à travers ces dures épreuves qui s’abattent sur Sa Majesté que les « Tronifer » vont constater le règlement de leur destin.
LES TRONIFER : DE L’ÉVOLUTION À LA DÉCADENCE
Un peuple qui vit dans un royaume où sont remarqués un monseigneur, une marquise et trois marquis, royaume qui sera à la merci de quelques mutations que vont subir aussi les « Tronifer ». Se sentant isolé, Sa majesté se confie à des personnes qui seraient proches (en occurrence Intelligence Parfumée et le Duc Consort). Et le Projet Royal de Gouvernance mené par Intelligence Parfumée provoque la colère des marquises et marquis. Aussi le royaume qui a connu une évolution manifeste, assiste impuissant à la renaissance de la cruauté et de la corruption des « Tronifer » même quand le roi va répudier la reine. Les « Tronifer » seront déçus par son comportement, eux qui avaient confiance en lui. A la fin, quand le royaume sombre dans la déchéance, Les « Tronifer » qui constatent certaines défaillances du roi, sont bannis et relevés de leur fonction. Abandonnés à eux mêmes, ces derniers tombent dans l’insécurité.
EMBROUILLAMI, UN RÉCIT ÉCRIT « AUTREMENT »
Roman, récit ou conte ? L’éditeur, sur sa quatrième de couverture, qualifie cet ouvrage de conte philosophique texte qui se fonde sur l’histoire d’un royaume. Du début à la fin il y a un seul narrateur qui rapporte les événements. Pas de dialogue entre les personnages. Et l’effet de « conte rapporté » se réalise par les clins d’œil souvent interrogatifs du narrateur au narrataire censé représenter le lecteur : « Vous ai-je parlé de notre royaume ? ». Le narrateur tout en étant à l’intérieur du récit, se résume en lui toutes les déclarations des autres personnages.
Toujours du style, les auteures sortent des sentiers battus de la tradition diégétique où l’univers « romanesque » ainsi que les patronymes des personnages nous sont familiers. Avec Nathalie Matingou, se développe la technique des « personnages-idées » et du bestiaire tels Duc Consort, Intelligence parfumée, Zizanie… qui donnent une autre dimension à son texte. Des personnages tels Madame Moustique de Anophèle et Monsieur Criquet Locuste de Sauteriau situent le lecteur dans l’axe du conte, genre qui donne de l’importance au bestiaire.
CONCLUSION
« + Embrouillamini + Terre des + Tronifer + », un texte qui « embrouille » le lecteur habitué au réalisme primaire et au fantastique que nous livrent en général les narrations et les contes. Ici, le vocabulaire et le langage du texte qui prennent naissance dans les connaissances « historico-philosophiques » des auteures, ajoutent à la littérature congolaise une autre spécificité, celle d’un ouvrage au confluent du récit et du conte. Un ouvrage qui pourrait interpeller quelques républiques monarchiques du continent.
Par Noël KODIA
NOTE :
Auteures : Jeanne L. Kezo, Nathalie Matingou,
Livre : « Embrouillamini terre des Tronifer »,
Editions : « Aryon », Tours, 2009,
133 pages,
16 euros.
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Mis à jour (Jeudi, 01 Juillet 2010 20:28)























