Un peu plus de deux mois après le drame de Cabinda et un mois après la sanction contre le Togo, un membre du « Comité exécutif » de la « Confédération Africaine de Football (CAF) », fait des révélations sur les motifs de la position actuelle de l’instance de direction du football sur le continent vis-à-vis du Togo. C’est en marge de la cérémonie de « Glo Caf Award », le jeudi dernier dans la capitale ghanéenne.

 

 
Des troupes angolaises escortant le convoi de l'équipe nationale du Togo, dans l'enclave du Cabinda


La salle de restauration de  « Regency Africa Hotel » à Accra a servi de cadre pour une conférence de presse du Groupe d’« Action pour le Renouveau du Football en Afrique (GARF-Afrique) ». En face de la presse accréditée pour la couverture de la cérémonie des « Awards », le principal animateur de la rencontre, le Dr. Amos Adamu avec à ses côtés, le Président du « GARF » et président de la « Fédération Béninoise de Football », Anjorin Moucharaf ainsi qu’un autre membre de l’exécutif de la « CAF » également membre du « Comité exécutif » de la « FIFA », Ani Abouridan.  

L’objectif avoué dès le départ par les animateurs de cette initiative, est d’exposer pour la première fois à la presse, des informations sur le « drame de Cabinda »  et les démarches de la « CAF ». Visiblement, l’exécutif de la Confédération qui traîne comme un boulet aux talons, la sanction infligée au Togo suite à ce drame, tient à apporter des informations qui justifient sa position de fermeté vis-à-vis du Togo. Le Dr Adamu, qui est également président de l’« Union des Fédérations Ouest Africaines de Football  (UFOA) », a d’entrée présenté ses condoléances aux victimes de la fusillade et un prompt rétablissement à Obilalé Kodjovi. Les commentaires ne manquaient au demeurant point dans les coulisses, sur les pérégrinations du portier international togolais, qui était alors encore en Afrique du Sud, malgré lui.

Avant d’aborder le sujet relatif au dossier togolais, le Dr. Adamu s’est félicité du  bilan des récentes manifestations organisées par  la « CAF ». Un bilan marqué par la tenue avec succès de deux coupes du monde (U20 et U17) et du tirage au sort des éliminatoires de la « CAN 2012 », à Lubumbashi. Cette rencontre vise à obtenir le soutien des médias pour projeter une bonne image du football africain aux yeux du monde », a-t-il précisé, invoquant au passage, le « Mondial 2010 » qu’abrite le continent. Mais l’essentiel des propos de l’orateur a tourné autour des motifs de la sanction d’exclusion des deux prochaines éditions de la « CAN », infligée au Togo, suite  à son départ  de la « CAN 2010 », consécutivement à la fusillade de Cabinda.


LES RÉVÉLATIONS DE LA CAF

Selon le Dr. Adamu qui s’exprimait en sa double qualité de membre du Comité exécutif de la « CAF » et du « GARF »,  la décision prise contre le Togo visait à sauver le football africain. « Je voudrais dire de manière catégorique,  que la décision contre le Togo, est une décision que nous soutenons tous dans l’intérêt  du football africain. Le football ne peut évoluer sur le continent que si nous ne badinions avec l’application des règlements dont nous, nous sommes librement dotés », a-t-il affirmé. « Le président Issa Hayatou et les membres de l’exécutif sont des gens assez humains mais aussi soucieux de l’image du football africain. On ne peut donc pas jouer sur les sentiments, le faire, c’est mettre à mort le football africain », a-t-il martelé.

Selon Dr. Adamu, pour « éviter aux participants de prendre la route, la + CAF + consciente de ses responsabilités, a pris la décision de prendre en charge la moitié des frais de transport des participants. Une disposition qui figure toujours selon lui, dans les règlements de la compétition ». En outre, selon le président de l’« UFOA », le Gouverneur de Cabinda, s’exprimant au nom de l’Etat angolais, a interdit à la délégation togolaise de prendre la voie terrestre qui comporte des dangers du fait de la rébellion dans la région. «  Malgré cette interdiction du Gouverneur de Cabinda, les Togolais ont pris la voie terrestre et ce qui devrait arriver arriva », a-t-il déploré.

Le responsable de la « CAF » du site de Cabinda Adoum Djibrine nous a confié plus tard, que le Gouverneur lui a expliqué qu’il était en tournée avec les anciens combattants quand les Togolais l’ont informé qu’ils étaient arrivés à la frontière. Il a alors ordonné aux services de sécurité de prendre des mesures diligentes pour leur convoiement à Cabinda, dispositions qui n’ont visiblement pas dissuadé les rebelles de passer à l’action. D’autres informations comme le recrutement par la délégation togolaise d’un élément du « FLEC », comme kinésithérapeute, sont confirmées dans l’entourage de la « CAF ». « Visiblement, les rebelles étaient informés sur les détails du programme de la délégation togolaise », a avancé un responsable.

Dès que le président de la « CAF » a été informé du drame, tout l’exécutif s’est transporté auprès de la délégation pour lui présenter en présence du ministre des sports du Togo, «  les excuses et les condoléances  » de la Confédération. Plus tard, « la + CAF + a mis en place une délégation pour faire le déplacement de Lomé, en vue d’assister à la cérémonie officielle d’hommage aux victimes, mais cette délégation a été récusée par les officiels togolais » a révélé Dr. Adamu. Dans les coulisses, on désapprouve la façon dont l’affaire a été gérée au niveau du Togo. « L’affaire a été outrancièrement personnalisée, les photos du président Hayatou, brûlées au terme d’une marche. On a trop joué sur l’émotion, mais dans une totale ignorance des règles et de la réalité », a déploré un membre du « Comité Exécutif » de la « CAF ».

« C’est ensemble et à l’unanimité des membres que nous avions pris la décision contre le Togo », précise d’ailleurs Jacques Anouma, président de  la « Fédération Ivoirienne de Football (FIF) », rencontré dans les couloirs de l’hôtel. Ce dernier nous renvoie au communiqué publié à cet effet, à Lubumbashi. « Nous nous plierons tous à la décision du + TAS + », conclut-il sur un ton d’exaspération. Une tendance générale d’autant que les noms des deux victimes Amélété Abalo et Stane O’Cloo, ne figureraient pas selon les membres de la « CAF », sur la liste de la délégation adressée à la « CAF ». «  Les noms des deux victimes ne figurent pas sur la liste envoyée par le Togo, 30 jours plus tôt », soutien-t-on à la « CAF ». On fustige ici, des dysfonctionnements dans l’organisation côté togolais.


FERMETÉ MAIS OUVERTURE

Visiblement, les dirigeants de la « CAF » sont confiants de leur fait. Ils affichent une sérénité et disent attendre la décision du « TAS », saisi par le Togo, aux fins de l’annulation de la décision. Ils fustigent une « interférence gouvernementale » dans le départ du Togo de la « CAN ». « Le président Hayatou avait dit aux joueurs qu’il comprendrait leur décision, ces derniers sont revenus sur leur décision de quitter  la compétition et se sont entraînés, mais le gouvernement est intervenu pour exiger qu’ils rentrent. C’est inadmissibles et contraire aux règlements », estime Dr. Adamu, qui cite des précédents où des compétitions se sont poursuivies malgré la survenue d’actes dramatiques.

Ce que déplore également la « CAF », c’est qu’elle n’a à ce jour jamais été saisie officiellement d’un retrait du Togo de la compétition. « Si la + CAF + s’est basée sur la disposition relative au forfait pour sanctionner le Togo au lieu de celle relative au retrait, c’est simplement parce que la + CAF + n’a jamais reçu une lettre du Togo lui notifiant son retrait de la compétition », nous a confié un membre de la cellule de communication de la « CAF ». Mais malgré cette tendance à une application stricte des règlements, Dr. Adamu réagissant à l’une de nos questions, a confirmé la disponibilité des responsables, Issa Hayatou en premier, pour un éventuel règlement amiable.

« Il revient au Togo de choisir la voie qui lui semble la meilleure. Pour l’instant, il a saisi le + TAS + et nous attendons l’issue de ce recours. Mais s’il décide une autre approche, nous aviserons également. Le Togo dispose de plusieurs avenues », a-t-il dit, citant en exemple le « Nigeria qui a fini par bénéficier d’une mesure de clémence en 1996, après avoir fait amende honorable auprès de la + CAF +, suite à une décision d’exclusion à son encontre ». « La  + CAF + a reçu un message de la + CEDEAO + pour un règlement amiable. Ce message a été réitéré par le président du Ghana ce matin.  Il appartient au Togo de s’inspirer de cette démarche » a dit le Dr. Adamu avant de conclure, « si par contre il veut utiliser toutes les voies de recours, nous nous n’en choisirons qu’une seule ».

Le Président de l’« UFOA » a terminé ses propos  en rappelant la démarche du ministre des sports du Togo, qui a fait le déplacement de Lubumbashi pour discuter avec la « CAF ». « Nous lui avons indiqué ce qu’il devrait faire et comment le faire. Mais le pays est en période électorale. Nous espérons qu’à la fin de cette période, nous saurons si nous devons les rencontrer au + TAS + ou si nous nous retrouverons entre nous », a-t-il noté.

La « CAF » semble consciente de ce que sa décision contre le Togo est incomprise. Elle fait l’objet d’une confusion et d’interpellations de la part des instances politiques multilatérales sur le continent. Un règlement amiable de l’ensemble du contentieux comme le préconisait déjà le président Dénis Sassou Nguésso, au sortir du dernier sommet de l’« UA », est le plus souhaitable pour les deux parties et pour l’image du football continental. Mais également, le Togo devra faire un audit sans complaisance de l’organisation chaotique de sa participation à la « CAN 2010 » en vue de prendre toutes les dispositions qui s’imposent.

Mis à jour (Vendredi, 19 Mars 2010 22:30)

 

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