Les Libyens ont réussi samedi 07 juillet 2012 leur premières élections libres après des dizaines d'années de dictature sous Mouammar Kadhafi, malgré des violences et des opérations de sabotage de militants autonomistes dans l'Est. 8 mois après la fin du conflit armé qui a provoqué la chute puis la mort de Mouammar Kadhafi, quelque 2,8 millions d'électeurs étaient appelés à choisir les 200 membres du « Congrès national général », où les « islamistes » espèrent remporter le même succès que leurs voisins tunisiens et égyptiens.

Un bureau de vote libyen, lors des élections législatives du 06 juillet 2012.
Le « taux de participation » au scrutin a atteint 60%, selon les résultats préliminaire annoncés par la « Commission életorale » dans la soirée. La journée a néanmoins été endeuillée par la mort d'une personne près d'un bureau de vote à Ajdabiya, dans l'est du pays, dans des circonstances peu claires. Les résultats préliminaires devraient être annoncés « à partir de lundi 09 juillet 2012 ou mardi 10 juillet 2012 », selon la « Commission ». Avec 3.702 candidats et plus de 100 partis en lice, les pronostics sont difficiles, mais trois formations sortent du lot : les islamistes du « Parti de la justice et de la construction (PJC) », issu des « Frères musulmans », ceux d'« Al-Watan », dirigés par l'ex-chef militaire controversé de Tripoli Abdelhakim Belhaj, et les libéraux réunis dans une coalition lancée par l'ex-Premier ministre du « CNT » Mahmoud Jibril.
Auparavant, des partisans de l'autonomie, qui entendent dénoncer la répartition des sièges au sein de l'« Assemblée nationale (100 sièges pour l'Ouest, 60 pour l'Est et 40 pour le Sud) », avaient sommé plusieurs importants terminaux pétroliers de l'Est de cesser leurs opérations jusqu'à la fin du scrutin. « Si les autorités ne revoient pas la répartition des sièges, nous allons envisager d'autres mesures », a prévenu l'un des leaders, Ibrahim al-Jadhran. Pour tenter de calmer les « autonomistes », le « CNT » a ôté à la prochaine « Assemblée » l'une de ses principales prérogatives, celle de désigner les membres du comité chargé de rédiger la future « Constitution ». La composition de ce comité devrait faire l'objet d'un nouveau scrutin, et chacune des trois régions y enverra 20 membres.
LES ISLAMISTES Y CROIENT
Aux tablées masculines des cafés et dans les plus sombres ruelles du souk qui entourent la place de la mosquée Sahaba, au centre de Derna, les islamistes semblent déjà avoir gagné les cœurs et les élections en Libye. Samedi 07 juillet 2012, aux législatives libyennes, trois sièges de députés sont en jeu dans cette ville de l'Est libyen, dont nombre de fils sont jadis partis pour le djihad en Afghanistan et en Irak, puis ont contribué, toujours les armes à la main, à défaire la dictature de Mouammar Kadhafi. La sulfureuse réputation de Derna tient au « GICL (le Groupe islamique combattant libyen) », apparu en 1995 et officiellement rallié à « al-Qaida » en 2007. À compter de 2010, la dictature libyenne, qui les avait combattus, a relâché la plupart de ses membres, qui ont alors publiquement pris leurs distances avec « al-Qaida ». Parmi eux, Abdelkarim al-Hassabi, arrêté par les Américains en Afghanistan en 2002, a depuis sa sortie des geôles libyennes multiplié les déclarations pacifiques et professions de foi démocratiques. Revenu chez lui à Derna, il s'est gardé de prendre part à la campagne électorale, mais son ombre et celle de ses combattants armés engagés dans la révolution plane sur cette ville pétrie par un islam rigoriste.
DE NOUVEAUX ADEPTES ISLAMISTES
Au hasard des rencontres, Abdallah Huti professe d'emblée qu'il votera pour le parti Justice et Reconstruction, en mémoire de son frère, un membre du « GICL » mort sous la torture en 1996. « Il est mort pour que nous puissions connaître la démocratie », affirme ce quadragénaire, pour qui la révolution du 17 février 2011 s'inscrit « dans la continuité du combat mené par le + GICL + ». L'autre évidence, pour Abdallah Huti, est que le « parti Justice et Reconstruction » des « Frères musulmans » offre la meilleure traduction politique du combat jadis mené par le « GICL ». Bachir Hamda Sahi a, lui, rejoint cette confrérie, qui a manifestement attiré de nombreux adeptes depuis sa sortie du purgatoire après la révolution. « Ce sont des gens respectables et sincères », explique ce quinquagénaire travaillant dans l'administration de l'université. Pour appuyer ses dires, « à + Justice et Reconstruction +, affirme-t-il fièrement, tous les candidats étaient en prison sous Kadhafi ». « Tous les hommes, sauf les femmes candidates », précise ensuite Bachir Sahi.
Déambulant à ses côtés dans le souk de Derna, le cheikh Saleh Bala votera également pour les « Frères musulmans », parce « certaines personnalités présentées par d'autres partis sont trop laïques. Dans la nouvelle + Assemblée +, si les laïques font obstacle à la + charia +, ils seront rejetés », prévient ce sage à la longue barbe blanche. Lui ne voit pas d'inconvénient à ce que son épouse et sa fille participent à l'élection. Il croit même savoir que dans les urnes sa fille s'opposera à son choix. « Mais évidemment, ajoute-t-il, les femmes n'iront voter que si leur mari les y autorise, sinon elles n'iront pas ».
ATTIRER LE VOTE FÉMININ
« C'est un comportement égoïste, s'insurge une étudiante rencontrée ultérieurement à Derna. Rien ne dit dans le + Coran + que les femmes sont exclues de la démocratie ». Ce que d'ailleurs proclament les « Frères musulmans », comme « al-Watan », l'autre grand « parti islamiste », qui présentent de nombreuses candidates pour attirer le vote féminin. Mais parmi les désignées, combien seront élues ? Dans le curieux scrutin législatif libyen, les candidats sur des listes côtoient ceux se présentant individuellement, sous leur nom uniquement. Les partis ne sont pas censés soutenir ces « candidatures individuelles ». Mais à Derna, tout le monde sait que le « candidat indépendant » Hassan Souhail Sita a passé plus de dix-huit années en prison parce qu'il appartenait à cette confrérie pourchassée par le régime de Kadhafi. Partout dans le pays de nombreux « Frères » pourraient apparaître une fois élu dans la nouvelle « Assemblée ».
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Mis à jour (Dimanche, 08 Juillet 2012 10:08)





















