Le compte à rebours est amorcé au Congo : c’est cette semaine que doivent être déposées les candidatures pour les « élections générales, présidentielle et législative », qui doivent se tenir le 28 novembre  2012 prochain.



Dessin d'une urne  


Les 31 millions d’électeurs enregistrés par la « Commission nationale indépendante (CENI) » n’auront pas le loisir de tergiverser : le 15 janvier 2011 dernier, le « Parlement » a modifié le mode de scrutin, et l’élection présidentielle se jouera en un seul tour. En 2006, le deuxième tour de scrutin s’était traduit par une lutte acharnée entre Joseph Kabila et son challenger Jean-Pierre Bemba, qui avait perdu avec 46% des voix et des violences avaient éclaté à Kinshasa.

Officiellement, le législateur a été inspiré par le souci de réaliser des économies, d’éviter un scénario à l’ivoirienne. En réalité, ce scrutin à un tour était destiné à favoriser le candidat sortant, Joseph Kabila. Lorsqu’il se sera officiellement déclaré, ce dernier partira avec des avantages non négligeables : il sera crédité d’avoir pacifié le pays et entamé les chantiers de la reconstruction, il contrôle l’appareil sécuritaire et administratif, il dispose d’infiniment plus de moyens financiers que ses adversaires, ceux de l’Etat et les siens propres et le président de la « CENI », le pasteur Ngoy Mulunda est considéré comme l’un de ses proches.

Quant à l’opposition, elle est jusqu’à présent incarnée par trois hommes que tout sépare, mais qui, pour avoir une chance de battre Kabila, sont obligés de dépasser leurs egos respectifs et de s’unir sur une candidature commune : Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Etienne Tshisekedi.

Ce dernier, à 79 ans, estime être le candidat naturel de l’opposition et appelle ses rivaux à s’unir… derrière lui.
Au début de cette année encore, favorisée à la fois par le mode de scrutin et par la prime au sortant, la victoire de Joseph Kabila semblait acquise. Mais à l’entame de la campagne, le suspense renaît, sinon l’inquiétude car Etienne Tshisekedi, que beaucoup de Congolais considèrent comme une icône, une légende vivante, remporte des succès de foule inattendus, entre autres au Katanga, fief du président sortant et le vieux lutteur ne semble même pas imaginer l’hypothèse d’une défaite.

Or le Congo demeure un pays fragile : le Nord et le Sud Kivu sont loin d’être pacifiés, le fossé entre l’Est et l’Ouest pourait se rouvrir, les partis politiques nés durant la dictature mobutiste ou dans un contexte de guerre doivent encore faire leur aggiormamiento et tenter de se positionner en fonction de programmes plus que de personnes. Les convoitises, nationales et étrangères demeurent nombreuses et si les élections de novembre 2011 doivent avoir pour effet d’enraciner la pratique démocratique, elles comportent aussi un risque de déstabilisation non négligeable, au cas où le scrutin serait récusé par l’une ou l’autre des parties…

Les quatres candidats :

- Etienne Tshisekedi
-
Jean-Pierre Bemba
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Joseph Kabila
-
Vital Kamerhe


KABILA, CANDIDAT SORTANT

A 38 ans, Joseph Kabila est  déjà un vétéran de la politique : ayant succédé à son père assassiné en 2001, il totalise dix années à la tête de l’Etat.  Le bilan de cet homme jeune et sportif, que rien, et surtout pas ses goûts personnels, ne semblait prédestiner à cette tâche, n’est pas négligeable. Voici dix ans, le Congo divisé était mis en coupe réglée par huit armées africaines et 25 milices.

Aujourd’hui, le pays est réunifié, globalement pacifié (à part des poches de violence dans les deux Kivu), les élections générales de 2006 ont jeté les bases de la démocratie, la reconstruction a commencé, symbolisée par les « cinq chantiers » entamés par les Chinois. Si vous ne croyez pas en moi, au moins voyez mes oeuvre[  assure Kabila qui voudrait  poursuivre durant cinq ans encore afin que le redressement soit irréversible. Mais, ses adversaires estiment que la bouteille est restée vide : entourage corrompu, armée hétéroclite et accusée de nombreuses exactions, insécurité et violences sexuelles  à l’Est.


VITAL KAMERHE, CANDIDAT DÉCLARÉ

La cinquantaine à peine entamée, Vital Kamerheen 1959 à Bukavu est déjà un vétéran  de la politique  et l’un des fondateurs du régime actuel. Après des débuts dans les cabinets de personnalités mobutistes, cet économiste formé à Kinshasa choisit son camp dès la première guerre  du Congo. Il rejoint Laurent Désiré Kabila et se lie d’amitié avec son fils, qui est alors le commandant Joseph. Dès 2002Kamerhe met  au service de ce dernier ses  nombreux talents: brillant orateur, il parle les quatre langues du pays et lors des innombrables négociations de paix comme lors du dialogue intercongolais, il  joue les avant centre et sauve la mise de la partie gouvernementale.

Par la suite, il met sur orbite le parti « PPRD » qui soutient Kabila,  mène campagne en faveur de ce dernier puis dirige habilement l’« Assemblée nationale ». Il est cependant déçu dans son  ambition d’être nommé au poste de Premier Ministre et en 2009, il s’oppose aux opérations militaires conjointes avec le Rwanda. Misant sur sa popularité et certains soutiens occidentaux,  il a créé un nouveau parti, l’« Union pour la nation congolaise », espérant détrôner Kabila. Mais dans l’opposition ses rivaux le dénoncent comme un sous marin du président, sinon comme… un Rwandais !


TSHISEKEDI, AUTRE CANDIDAT DÉCLARÉ

De l’histoire de leur pays, les jeunes Congolais n’ont retenu que deux noms : Mobutu et… Tshisekedi. Ce dernier appartient à la légende  du Congo : en 1960 déjà, il est membre du collège des Commissaires généraux, le gouvernement mis en place par Mobutu après l’éviction de Lumumba. Premier diplômé en droit du pays, il participe à la rédaction de la « constitution » de 1967 et du « manifeste » de N’Sele, qui fonde le parti unique. Mais en  1980, la rupture avec Mobutu est fracassante : 13 parlementaires envoient une lettre ouverte au président, et en 1982, l’« UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) » voit le jour. Les militants sont réprimés voire assassinés, Tshisekedi, remarquable d’obstination et de courage physique,  est battu, emprisonné, déporté. Mais en 1992, la « conférence nationale souveraine » l’élit au poste de  Premier Ministre, une fonction qu’il n’exercera jamais réellement mais dont il gardera la légitimité. L’attitude de Tshisekedi envers Kabila père est ambigüe et durant la guerre,  on lui reprochera ses contacts avec  Kigali.

En 2006, il demande à ses partisans de boycotter  le premier scrutin démocratique, mais, en 2011, à 79 ans, il se porte candidat à la présidence, conscient de jouer sa toute dernière carte.

Mis à jour (Jeudi, 18 Août 2011 15:20)

 

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