Dans « Vénus noire », la jeune Yahima Torres interprète le rôle de Saartjie Baartman, cette femme khoïkhoïe exhibée comme une bête de foire en Europe et morte à 45 ans après avoir sombré dans la prostitution.

Affiche du film « Vénus noire » de Abdellatif Kechiche.
RESUMÉ DU FILM
L’une a le visage fermé, le cheveu court, le regard comme mangé par une douleur intérieure que rien ne pourra atténuer. L’autre n’est pas avare de sourires, ses mèches noires dégringolent jusqu’à ses épaules et ses yeux pétillent d’allégresse. L’une est née vers 1789 dans une Afrique du Sud sous domination boer. L’autre est venue au monde le 14 juin 1980, à La Havane (Cuba), et vit aujourd’hui en France. À partir du 27 octobre 2010, il sera difficile de penser à l’une sans évoquer l’autre – et inversement.
Paris, 1817, enceinte de l’« Académie Royale de Médecine ». « Je n’ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes ». Face au moulage du corps de Saartjie Baartman, l’anatomiste Georges Cuvier est catégorique. Un parterre de distingués collègues applaudit la démonstration. Sept ans plus tôt, Saartjie quittait l’Afrique du Sud avec son maitre, Caezar, et livrait son corps en pâture au public londonien des foires aux monstres. Femme libre et entravée, elle était l’icône des bas-fonds, la « Vénus Hottentote » promise au mirage d’une ascension dorée...
LE RAYONNEMENT DE L'ACTRICE YAHIMA TORRES
Qui ne se souvient de Sara Forestier dans « L'Esquive » ou d'Hafsia Herzi dans « La Graine et le Mulet » d'Abdellatif Kechiche ? Yahima Torres, rencontrée un jour après la première mondiale, le 8 septembre, de « Vénus noire » à « Vénus », prend leur suite. On découvre une jeune femme solaire, évidemment très éloignée du rôle qu'elle incarne dans « Vénus noire ».
Certains castings sont plus délicats que d'autres. Celui du personnage féminin de « Vénus noire », appelant des jeunes filles à se reconnaître dans le « profil » d'une femme physiquement et moralement humiliée, l'était plus que beaucoup d'autres. Yahima Torres, insolente et plantureuse beauté née à La Havane il y a trente ans, n'en a cure.
Repérée dès 2005 par Abdellatif Kechiche dans une rue de Belleville, leur quartier commun, la jeune femme a sauté sur l'occasion lorsque le réalisateur, trois ans plus tard, lui a demandé de se présenter au casting de « Vénus noire » : « Je n'ai pas hésité une seconde. Pour moi, c'est un honneur d'interpréter ce rôle, de contribuer à faire connaître cette histoire qui nous montre jusqu'où l'homme peut aller dans l'humiliation de son prochain ».
Rien, pourtant, ne la prédestinait à commencer une carrière d'actrice en France. Fille d'un père marin et d'une mère professeur d'espagnol, Yahima Torres a certes été élevée dans une atmosphère francophile, un cousin de sa grand-mère habitant même en France. Mais lorsqu'elle vient s'installer en 2003 à Paris, c'est tout au plus pour un ou deux ans. Résultat des opérations : elle y est toujours, et plus que jamais depuis son entrée en fanfare dans le monde du cinéma.
La préparation du film aura pourtant été une épreuve. Elle évoque en souriant « huit mois de préparation intensive », des professeurs de théâtre, de danse tribale et d'afrikaner, un régime protéiné, des exercices de musculation, une prise de poids de 16 kilos, à quoi s'ajouteront « trois mois de tournage épuisants, au cours desquels il fallait surtout ne pas s'abîmer dans le rôle, faire au maximum le vide et essayer de se préserver ».
Ce qu'elle a visiblement réussi à faire, si l'on en juge par le rayonnement qui se dégage de sa personne. Sans doute Abdellatif Kechiche y est-il pour quelque chose, lui qui est, selon les mots de Yahima, « très humain, surtout avec les femmes ».
VIDÉO : VENUS NOIRE (DURÉE : 2:38:28)
Après quatre mois de tournage, Yahima Torres s’est accordé un voyage à Cuba, un léger sentiment de vide dans le cœur, mais il fallait « laisser Saartjie ». Ses parents n’ont pas encore vu « Vénus noire ». Pour sa part, elle a découvert le film in extenso lors de sa première projection, à la Mostra de Venise. « Pendant une demi-heure, je n’ai plus pu parler », confie-t-elle. L’avenir ? « Je ne suis pas totalement sereine, mais je suis calme. Je me prépare, j’essaie de me perfectionner pour la longue carrière que j’espère avoir. Démarrer avec un rôle aussi fort, cela permet d’apprendre beaucoup ». Quant à l’Afrique, elle espère ardemment s’y rendre. Ce sera dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, où, depuis le 9 août 2002, repose enfin Saartjie Baartman.
NOTE :
Film : « Vénus noire »
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Sortie en salle : le 27 octobre 2011
Casting : Yahima Torrès, André Jacobs, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn, François Marthouret, Michel Gionti, Jean-Christophe Bouvet
Genre : Drame, Historique
Durée : 2h44min
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Mis à jour (Lundi, 13 Juin 2011 20:37)























