Le président sud-africain Jacob Zuma, venu rencontrer Mouammar Kadhafi à Tripoli, a estimé lundi 30 mai 2011 que les raids de l'« Alliance » sapaient la « médiation africaine » en faveur de la paix, alors que le régime libyen a accusé l'« Otan » d'avoir tué 11 « martyrs » lors de bombardements.

Un véhicule militaire abandonné par les rebelles, samedi 12 mars 2011, près de Ras Lanouf, en Libye.
M. Zuma a estimé que le fait d'avoir à « demander la permission de l'+ Otan + » pour se rendre en Libye sapait « l'intégrité de l'+ Union africaine + », selon des déclarations faites à la télévision sud-africaine avant sa rencontre avec le colonel Kadhafi. « Nous ne pouvons permettre que ce conflit dure trop longtemps. Cela pourrait déboucher sur une situation malheureuse pour la Libye et peut-être pour Kadhafi lui-même », a-t-il poursuivi.
Venu à Tripoli pour évoquer avec le colonel Kadhafi une stratégie qui lui permettrait de quitter le pouvoir après près de 42 ans de règne, M. Zuma est arrivé à 14H00 GMT à la résidence « Bab Al-Aziziya » du raïs, avant d'en ressortir deux heures plus tard, sans faire de déclaration, selon un journaliste de l'AFP sur place. La télévision libyenne a diffusé des images de Mouammar Kadhafi qui accueillait M. Zuma à l'entrée d'un bâtiment: il s'agissait de sa première apparition publique depuis quelques semaines. Selon l'agence libyenne « Jana », au cours de la rencontre, Tripoli a dénoncé les « violations » par l'« Otan » des « résolutions de l'ONU », évoquant notamment des tentatives d'« assassinats politiques », la destruction d'infrastructures et le siège maritime imposé au pays.
Le régime a également demandé à l'« UA » de réclamer une réunion du « Conseil de sécurité de l'ONU » pour revoir les « mécanismes » de mise en application des « résolutions » sur la Libye. L'« Union africaine » a proposé une « feuille de route » pour mettre fin au conflit, qui a été acceptée par le régime mais a été rejetée par le « Conseil national de transition (CNT) », l'organe de direction de la rébellion.
Pour la rébellion, « aucune négociation n'est possible avant (le) départ (de Kadhafi) et de son régime », a réaffirmé ce week-end le président du « CNT », Moustapha Abdeljalil. La médiation de l'« UA », qui a appelé l'« Otan » à cesser ses bombardements, prévoit un cessez-le-feu et l'instauration d'une période de transition conduisant à des élections démocratiques. La nouvelle initiative diplomatique de M. Zuma, qui a quitté Tripoli dans la soirée, intervient alors que l'« Otan » a intensifié ses bombardements dans le but de porter le coup décisif au régime libyen.
L'OTAN PROLONGE SON ACTION EN ATTENDANT LE DÉPART DE KADHAFI
L'« Otan » a assuré mercredi 01 juin 2011 que le départ de Mouammar Kadhafi n'était qu'une question de temps et annoncé qu'elle prolongeait jusqu'à fin septembre 2011 ses opérations en Libye après avoir intensifié ses raids sur Tripoli. « La question n'est pas de savoir si Kadhafi va partir, mais quand », a déclaré dans l'après-midi à Bruxelles le secrétaire général de l'« Alliance atlantique », Anders Fogh Rasmussen. Cela « pourrait prendre un certain temps, mais cela pourrait aussi survenir dès demain », a-t-il précisé.
Quelques heures plus tôt, M. Rasmussen a annoncé dans un communiqué une prolongation pour trois mois de la mission de l'« Otan » en Libye, qui devait à l'origine s'achever à la fin du mois de juin 2011. « Cette décision envoie un message clair au régime de Kadhafi : nous sommes déterminés à poursuivre nos opérations pour protéger le peuple libyen » et afin de « remplir le mandat des + Nations unies + », dont une « résolution » exige l'arrêt total des violences contres les civils, a-t-il ajouté. « Notre décision envoie également un message clair au peuple libyen : l'+ Otan +, nos partenaires, la + communauté internationale + dans son ensemble sont à vos côtés », a-t-il insisté. « Nous sommes unis pour vous assurer que vous pourrez bâtir votre propre avenir. Et ce jour se rapproche », a-t-il insisté, même si la « résolution de l'ONU » ne réclame pas le départ du colonel Kadhafi.
L'« Otan » a pris le 31 mars 2011 les rênes de l'opération militaire en Libye, lancée le 19 mars 2011 après plus d'un mois de révolte réprimée dans le sang par le régime du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans. Mais depuis, malgré plus de 9.000 sorties d'avions de l'« Otan », dont près de 3.500 avec un objectif de frappe, le conflit semble s'enliser. « On se trouve actuellement dans une situation de + pat (aux échecs: ni vainqueur, ni vaincu) + en Libye », a ainsi estimé un diplomate européen de haut rang s'exprimant sous couvert de l'anonymat, prévenant que plus le conflit durerait, plus la réconciliation serait difficile.
Mardi 31 mai 2011 soir, l'« Otan » a procédé à de nouveaux bombardements sur Tripoli, cible de raids intensifs depuis près d'une dizaine de jours. Six explosions ont secoué la ville mais le journaliste de l'AFP n'était pas en mesure de déterminer les sites visés. Et mercredi 01 juin 2011, la ville d'Al-Jafra, dans le désert à 600 km au sud de Tripoli, a été la cible de raids de l'« Otan » pour le troisième jour d'affilée, selon la télévision d'Etat libyenne. Selon un décompte du régime de Tripoli, les raids de l'« Otan » et de la « coalition internationale » ont fait 718 morts et 4.067 blessés parmi les civils entre le 19 mars 2011 et le 26 mai 2011.
« Nous n'avons aucune indication que ce soit le cas », a répondu une porte-parole de l'« Otan », Carmen Romero, précisant que l'« Alliance » n'avait personne au sol pour évaluer l'impact précis de ses frappes. « L'+ Otan + mène ses opérations avec beaucoup de soin et de précision pour faire appliquer le mandat de l'+ ONU + protégeant les civils », a-t-elle ajouté. « Cela contraste clairement avec les attaques indiscriminées du régime de Kadhafi sur son propre peuple », a-t-elle insisté.
Selon le quotidien « The Guardian », d'anciens militaires des forces spéciales britanniques, employés par des sociétés privées et probablement rémunérés par des pays arabes comme le Qatar, ont été envoyés à Misrata, l'enclave rebelle à 200 km à l'est de Tripoli, avec la bénédiction de la « coalition » pour conseiller les rebelles et faire la liaison avec l'« Otan ». Le ministère britannique de la Défense a répété qu'il n'avait pas de troupes combattantes au sol, un moyen d'action auquel les membres de la « coalition » assurent qu'ils n'auront pas recours.
Le régime libyen a accusé l'« Otan » d'avoir tué lundi 30 mai 2011, 11 personnes lors de bombardements menés à 150 km de Tripoli. « Des sites civils et militaire dans la région de Wadi Kaam, à Zliten, ont été la cible lundi 30 mai 2011 de raids de l'agresseur colonialiste croisé », a rapporté « Jana », ajoutant que « 11 martyrs sont tombés et un certain nombre de personnes ont été blessées ». Citant des sources militaires, « Jana » a indiqué par ailleurs que la ville d'Al-Jafra, à 600 km au sud de Tripoli, avait été « à nouveau lundi 30 mai 2011 la cible de raids ».
Autre signe de son isolement grandissant : les nouvelles défections dans les rangs de ses « forces armées ». Huit officiers libyens, dont cinq généraux, ont fait défection et ont appelé lundi d'autres officiers à suivre leur exemple lors d'une conférence de presse à Rome. Ces officiers « font partie des 120 qui ont quitté Kadhafi et la Libye ces derniers jours », a déclaré l'ancien ministre libyen des Affaires étrangères, Abdel Rahman Chalgam. « Nous espérons que d'autres se joindront à nous et au peuple libyen (...) », a-t-il ajouté. Le général Salah Giuma Yahmed a de son côté déclaré que les défections signifiaient que les forces de Kadhafi ne pouvaient plus soutenir le régime : « Les + forces internationales + paralysent les troupes de Kadhafi, qui tournent maintenant à 20% de leurs capacités militaires ».
Sur le plan humanitaire, un nouveau camp de réfugiés d'une capacité de 1.600 personnes, financé par le Qatar, a ouvert ses portes en Tunisie, à Tataouine (sud), alors que près de 60.000 Libyens fuyant les violences se trouvent dans la région, a indiqué le responsable qatari du camp à l'AFP. Par ailleurs, la « Commission européenne » a débloqué lundi 30 mai 2011, 10 millions d'euros pour aider les Tchadiens qui tentent de fuir le conflit et se trouvent dans une situation humanitaire « critique ».
Depuis plus de trois mois, le conflit a fait des milliers de morts selon le procureur de la « Cour pénale internationale », et poussé à la fuite 893.000 personnes, essentiellement des travailleurs migrants, selon l'« ONU ». Mercredi 01 juin 2011, les autorités tunisiennes ont dû venir en aide à 700 réfugiés partis de Libye pour l'Italie, mais dont l'embarcation est tombée en panne en pleine mer. Au moins 1.200 personnes ayant quitté la Libye pour rejoindre l'Europe en bateau sont mortes ou portées disparues depuis trois mois, selon l'« ONU ».
KADHAFI N'EST PAS PRÊT À QUITTER SON PAYS SELON JACOB ZUMA
Mouammar Kadhafi « n’est pas prêt à quitter la Libye, malgré les difficultés », et entend contribuer à la recherche d’une solution politique au conflit, a déclaré mardi 31 mai 2011 le président sud-africain, Jacob Zuma, de retour d’une mission de paix à Tripoli.
« Mouammar Kadhafi est disposé à rechercher une solution politique au conflit dans son pays mais réclame un cessez-le-feu et l’arrêt des frappes de l’+ OTAN + afin de permettre un dialogue interlibyen », a précisé Jacob Zuma, ajoutant : « La sécurité personnelle du colonel Kadhafi est une source de préoccupation ». Pour Jacob Zuma, une solution durable au conflit libyen ne pourra être trouvée que par un dialogue entre toutes les parties.
Peu après le départ du président sud-africain de Tripoli, les raids ont d’ailleurs repris. La télévision libyenne a rapporté que des avions de la « coalition » avaient bombardé des sites militaires et civils à Tripoli et à Tadjoura, à l’est de la capitale. L’« OTAN » a intensifié depuis plusieurs jours ses frappes sur Tripoli. Le complexe de « Bab al Aziziah », « QG » de Kadhafi dans le centre de la capitale, est régulièrement visé.
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Mis à jour (Mercredi, 01 Juin 2011 22:48)





















